Les entretiens

© Chun-Yi Chang Source D.G.

De l’écart à l’intime

Entretien avec François Jullien

et


Brigitte MOÏSE-DURAND

Brigitte MOÏSE-DURAND est pédopsychiatre, psychanalyste membre de la société de Psychanalyse de Paris, co-thérapeute à la consultation transculturelle de la Maison des adolescents de Cochin.

François GIRAUD

François GIRAUD est psychologue clinicien, cothérapeute à la consultation transculturelle, CHU Avicenne (AP-HP), service de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent, 125 Avenue de Cedex.

Pour citer cet article :

Moïse-Durand B, Giraud F, De l’écart à l’intime. Entretien avec François Jullien, L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2015, volume 16, n°1, pp. 93-104


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/entretiens/de-lecart-a-lintime/

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Titulaire de la Chaire sur l’altérité créée à la Fondation Maison de Sciences de l’Homme, François Jullien se définit comme philosophe. Son œuvre originale, située dans l’extériorité des pensées de la Chine et de l’Europe, porte sur des sujets variés tels le temps, l’esthétique, l’altérité, mais aussi la psychanalyse, l’intime. Loin d’une démarche comparatiste, François Jullien ouvre un chemin vers l’Autre, questionnant « l’écart » plus fécond que la « différence » qui, pour lui, reste à la remorque de l’identité. Il est l’un des penseurs contemporains les plus traduits à l’étranger.

Il nous a reçus dans son antre de travail, perché au dernier étage d’une tourelle existant déjà du temps de Balzac, qui y fait allusion dans l’un de ses romans. L’entretien a duré toute une après-midi où les questions et réponses n’ont cessé de rebondir : détour par la Chine ou le Vietnam, mais aussi retour sur Platon, Stendhal, ou Freud questionnant « l’impensé » de notre pensée occidentale.

L’autre : Parmi les philosophes et les intellectuels français, votre parcours parait atypique. Pourriez-vous nous présenter ce qu’est votre chantier, votre intention ?

FJ : Au fond, ma position de travail est assez simple dans son principe. Je suis d’abord philosophe et helléniste. J’aime la pensée grecque et ses humanités. Mais j’avais le sentiment qu’il fallait prendre du recul, non pas pour fuir, mais pour penser cet héritage grec à partir du dehors afin d’avoir une prise sur lui. J’ai fait le choix de la Chine pour sortir de l’Europe, pas par « désir » ou « passion » de la Chine, mais parce que la culture chinoise s’est développée indépendamment, extérieurement à la nôtre. D’abord par l’histoire – il a fallu attendre la Renaissance pour que les deux mondes commencent à se rencontrer – et par la langue car le chinois n’est pas une langue indo européenne, contrairement au sanscrit par exemple. Le monde arabe appartient à notre histoire. Donc, comme vrai dehors à la culture européenne, il n’y a que la Chine. C’est cette extériorité de la Chine, son hétérotopie (au sens de Foucault) et non l’utopie – je ne suis pas maoïste – qui m’a intéressé. Après l’Ecole Normale et l’agrégation, je me suis « externé », expatrié en Chine à une époque douloureuse, celle de la révolution culturelle, avant et après la mort de Mao, pour sortir de l’Europe. « Quitter l’Europe et ses vieux parapets…. » Mais je ne suis pas devenu anthropologue, je ne suis pas allé vers de nouveaux mondes comme l’Amérique. Je suis un philosophe. Mon travail, je le conçois comme un détour et un retour en même temps.

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