Les entretiens

Cliare Mestre, Smaïn Laacher et Marie Rose Moro - Paris 2022

D.G.

L’écoute de l’invisible, la passion du sens : la sociologie de Smaïn LAACHER

et


Claire MESTRE

Claire Mestre est psychiatre, psychothérapeute, anthropologue, responsable de la consultation transculturelle du CHU de Bordeaux, Présidente d’Ethnotopies, co-rédactrice en chef de la revue L’autre.

Smaïn LAACHER

Smaïn Laacher est sociologue, Professeur émérite de sociologie à l’Université de Strasbourg.

Bernard, P. (2004). La crème des beurs. De l’immigration à l’intégration. Seuil.

Laacher, S. (2007). Le peuple des clandestins. Calmann-Lévy.

Laacher, S. (2008). Femmes invisibles, leurs mots contre la violence. Calmann-Lévy

Laacher, S. (2010). De la violence à la persécution, femmes sur la route de l’exil. La Dispute.

Laacher, S. (2018). Croire à l’incroyable, un sociologue à la Cour national du droit d’asile. Gallimard.

Laacher, S. (2021). Ça me pèse : Obésité et corps embarrassant. Éditions de l’Aube.

Laacher, S. (2022). Juger la terreur. Le procès des attentats de janvier 2015. Editions de l’Aube.

Sayad, A. (2014). La Double absence, Des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré. Seuil.

Quelques ouvrages en plus de ceux cités dans l’entretien

Persepolis ou la guerre des libertés. Sacrés, sacrilèges et démocratie en Tunisie (en collaboration avec Cédric Terzi), 2020, Labor et Fides.

La France et ses démons identitaires, 2021, Hermann.

Le fait migratoire et les sept péchés capitaux, 2022, Éditions de l’Aube.

Crise du débat démocratique. Doit-on limiter la liberté d’expression ? Sous la direction de Smaïn Laacher, 2022, Hermann.

L’affaire Mila. Victime, agresseurs, haine en ligne, 2022. Éditions de l’Aube.

Pour citer cet article :

Laacher S, Mestre C. L’écoute de l’invisible, la passion du sens : la sociologie de Smaïn Laacher Entretien avec Smaïn LAACHER. L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2023, volume 24, n°1, pp. 9-22


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/entretiens/lecoute-de-linvisible-la-passion-du-sens-la-sociologie-de-smain-laacher/

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Smaïn Laacher, sociologue, Professeur émérite de sociologie à l’université de Strasbourg, se prête facilement à un entretien, sincèrement, dit-il. La sincérité, le ton amusé et le goût du débat, caractérise notre rencontre. Smaïn Laacher pratique une sociologie réflexive qui part de l’observation et de l’écoute des pratiques, pour élaborer une pensée nuancée, arrimée à l’émotion contenue et à son origine familiale. Smaïn Laacher représente ce qui est très cher à la France : un fils d’immigré, dans la filiation d’Abdelmalek Sayad, qui a réussi et qui met l’énergie de son succès au service de grandes idées, sans hargne et sans haine, en défendant l’universalisme de notre République. Nous le remercions cordialement pour le dévoilement de son engagement.

Revue L’autre : Vous êtes sociologue. Qu’est-ce qui vous a amené un jour à dire : « Je serai sociologue » ?

Smaïn Laacher : Enfant, je rêvais de devenir soit acteur, soit footballeur, soit homme politique. Vous remarquerez que dans ces trois registres, il y a l’accès à la lumière, il y a un rapport à l’espace public, à la visibilité, à la reconnaissance. Ce n’était pas du tout pensé comme ça, enfant. La politique, la comédie, au sens très large du terme, et le sport sont des manières de se faire voir… Ce qui me fascinait déjà, très jeune, c’étaient les joutes verbales, les débats télévisés et j’y percevais, de ces hommes connus et reconnus qui exposaient leur vision du monde, de la parole légitime. Elle était l’une des conditions pour que l’on pense que vous comptez, que vous êtes reconnu.

Revue L’autre : Vous viviez en banlieue ?

S.L. : En banlieue nord-ouest parisienne, d’une famille algérienne, de mère berbère (chaoui) issue d’une grande famille des Aurès. Mon père était arabe, du Sud algérien. Je suis le produit d’une rencontre improbable : elle était une femme, fille des Aurès et lui, était du Sud, monté vers les Aurès. Mais les conditions précises de la rencontre, je ne les connais pas encore. C’était une rencontre improbable géographiquement ; je suis donc le fruit d’un Arabe et d’une Berbère, qui est devenue très vite Arabe.

Revue L’autre : Improbable, culturellement aussi et linguistiquement ?

S.L. : Oui, bien sûr, linguistiquement c’est vrai ; sauf que mes deux parents étaient lettrés. Elle est née en 1933, mon père en 1921. Être une jeune femme capable de lire et d’écrire l’arabe, c’était très peu fréquent ; mon père était cette espèce d’instituteur de la IIIe République, à la fois coiffeur et instituteur dans les conditions de l’époque.

Revue L’autre : Ils ont migré vers la France ?

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