Entretien

© Piero COPPO Source D.G.

Troubler les frontières de la psyché et de la culture

Entretien avec Piero COPPO

Michaela MEMEMichaela Meme est anthropologue et médiatrice au Centro Studi Sagara à Usigliano (Italie).

Ogobara KODIOOgobara Kodio est médecin et psychothérapeute transculturelle dans le groupe du Pr Marie Rose Moro, Maison de Solenn – Maison des adolescents, Hôpital Cochin, APHP, Paris.

Alice TITIA RIZZIAlice Titia RIZZI est psychologue clinicienne, à la maison de Solenn (MDA) de l’hôpital Cochin, au Centre Babel, enseignante chercheuse à l’Université PARIS Cité et à l’INSERM. Elle fait partie du comité de rédaction de la revue L’autre et du bureau de l’AIEP. Elle a effectué une thèse à propos des dessins d’enfants, et dirige le séminaire : « Mieux écouter le dessin d’enfants » à PARIS. Elle a théorisé le génogramme transculturel en 2010, actuellement, elle coordonne une recherche autour de la théorisation du contre-transfert sur le dessin (groupe D-traces).

Coppo, P. (1998). Les guérisseurs de la folie. Histoires du Plateau Dogon. Paris, France : Les Empêcheurs de penser en rond.

Coppo, P. (2005). Le ragioni del dolore. Etnopsichiatria della depressione. Turin, Italie : Bollati Boringhieri.

Coppo, P. (2007). Negoziare con il male. Stregoneria e controstregoneria. Turin, Italie : Bollati Boringhieri.

Risso, M., Böker, W. (2000). Sortilegio e delirio. Dans : Lanternari, V., De Micco, V., Cardamone, G., (éds.), Sortilegio e delirio. Naples, Italie : Liguori Editore.

Principales publications

Coppo, P. (1994). Interprétation des maladies et leur classification dans la médicine traditionnelle dogon (Mali) II. Les troubles psychiques. Psychopathologie africaine, XXVI, 35-60.

Coppo P, Keita A (éds). (1990). Médecine traditionnelle. Acteurs, itinéraires thérapeutiques. Trieste, Italie : Edizioni E.

Coppo, P. (1990-1991). Problèmes et limites méthodologiques des études épidémiologiques en situations transculturelles. Psychopathologie africaine, XXIII, 3, 279-285.

Coppo, P., éd. (1993). Essai de psychopathologie dogon. Bandiagara, Mali : CRMT/PSMTM.

Coppo, P. (1997). Western Psychiatry as Ethnopsychiatry. Transcultural Psychiatry, 34(1), 53-57.

Coppo, P. (2013). Ethnopsychiatrie : la voie italienne. Annales Médico-Psychologiques, 171, 58-59.

Coppo, P. (2013). Le ragioni degli altri. Etnopsichiatria, etnopsicoterapia. Milan, Italie : Cortina.

Coppo, P. (2019). Le (S)ragioni degli Altri: fare etnopsichiatria. Centro Studi Sagara : I Quaderni della scuola, 1, 79-92.

Meme M, Kodio O, Titia Rizzi A. Troubler les frontières de la psyché et de la culture. Entretien avec Piero Coppo. L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2020, volume 21, n°3, pp. 249-259

Piero Coppo, médecin, neuropsychiatre, aujourd’hui ethnopsychiatre, est considéré comme l’un des fondateurs de l’ethnopsychiatrie italienne. Il a travaillé durant plusieurs années dans des programmes de coopération internationale en Afrique, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Il est impliqué dans des activités de formation et de recherche en Italie et à l’étranger. Son activité clinique se situe à Pise, dans le centre de l’Italie. Avec son équipe, il a fondé en 1990 l’Organizzazione Interdisciplinare Sviluppo e Salute (Organisation Interdisciplinaire de Développement et de Santé, www.oriss.org) autour des questions des « lieux et langues de frontière entre anthropologie, psychologie, médecine et psychiatrie » et, en 2010, le Centro Studi Sagara (www.centrosagara.it) particulièrement dédié à la formation et à la recherche en ethnopsychiatrie.

L’autre: Piero, peux-tu nous parler de ton parcours? Comment es-tu arrivé en médecine, en neuropsychiatrie et puis en ethnopsychiatrie?

Piero Coppo: Je viens d’une famille où, depuis trois générations, les hommes étudient la médecine et la pratiquent dans diverses spécialités. Mon père était un médecin interniste, professeur universitaire de clinique médicale, reconnu en Italie et ailleurs comme éminent hépatologue. Il avait commencé ses recherches dans un laboratoire d’histologie. Il a collaboré à l’identification d’une formation de cellules nerveuses dans la moelle épinière humaine qui a pris son nom: la «colonne de Coppo-Terni». Il se considérait positiviste et matérialiste; il incarnait le projet illuministe: avant tout la raison et la méthode scientifique expérimentale. En dehors, que de superstitions et des «croyances». Toutefois, il savait que, au dehors, il y avait quand même autre chose. Les premiers textes de Freud, je les ai trouvés dans sa bibliothèque. Il pensait, tout comme Freud à ses débuts, que cet «Autre» immatériel pourrait, voire même devrait, être déchiffré et mis au service de la méthode scientifique, unique source de données qui puissent conduire à l’«absolu» (du latin ab-soluta: parfait, libre de tout conditionnement et lien). L’objectif: absolue vérité d’une nature enfin dévoilée par/à la raison humaine. Lorsque, contre son avis, j’ai décidé d’étudier la médecine, j’ai été porté par son exemple mais aussi par la tradition de ma famille maternelle. Mon grand-père maternel avait développé en Italie un centre de soin de la tuberculose centré sur l’héliothérapie. Mon oncle, le frère de ma mère, avait conduit avec passion des recherches autour de l’étiopathogenèse des maladies virales.

Je me disais donc que, avec la même passion pour la science et les mêmes outils, il aurait été possible de dévoiler le secret de l’humain, la singularité de ce que certains appellent « l’âme » et d’autres « psyché ».

Mon père – et bien d’autres avant lui – avait travaillé sur la machine du corps et sur les bases matérielles de l’existence humaine, en syntonie et grâce aux nouveaux et extraordinaires outils créés par les grandes découvertes techniques qui marquèrent cette période de l’Europe et du monde. Il s’agissait, à mon avis, d’exploiter ces ouvertures et ces techniques pour mener le même travail sur la composante immatérielle de l’être humain. Voilà ce qui m’habitait: un projet grandiose, sûrement très ambitieux, soutenu par la vague d’exaltation technique (notamment en médecine) de l’après-guerre.

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Au début, j’ai exploré la méthodologie, les outils et le travail de laboratoire (donc «scientifique») à l’Institut de Physiologie (neuro-électro-physiologie) de l’Université de Bologne. Cependant, j’ai vite compris que par cette voie je n’aurais pas ce que j’étais en train de chercher: la «vérité», le fonctionnement et la structure de la psyché, de l’esprit. Ainsi, je me suis dirigé vers la neuropsychiatrie. Après une période au département de neurologie explorant la mécanique du système nerveux dans ses fonctions et ses maladies, j’ai travaillé en psychiatrie sous la direction d’un excellent psychiatre d’approche phénoménologique: Carlo Gentili. C’était dans les années 1960, la psychanalyse freudienne commençait à tracer sa route en Italie. Par sa force provocatrice, elle ouvrait à la dimension des «choses cachées» remettant en cause certains principes fondamentaux qui avaient, jusque-là, animé la culture dominante européenne et italienne. Il suffit de penser à l’une des hypothèses freudiennes de base: les individus, même dans leur pleine maturité et leur activité intellectuelle et scientifique, ne sont pas ce qu’ils pensent être, ne sont pas «maîtres chez eux». La colonne portante, la raison qui illuminait les angles obscurs de l’existence héritée depuis le siècle des lumières, vacillait avec la confiance en la toute-puissance de la raison, supposée vaincre toutes les superstitions et les faussetés, même celles proposées par les systèmes religieux. Ce n’était donc probablement pas la seule puissance de la raison (de la science et de sa fille: la technique) qui aurait accordé la liberté aux humains. Il fallait aussi autre chose. L’aperçu, piquant, de la vérité jusqu’alors cachée et que la psychanalyse venait de révéler, touchait tout: à partir de la sexualité infantile, la pulsion érotique et sexuelle de l’enfant vis-à-vis des adultes et, en particulier, des parents… Tout cela avait quelque chose de scandaleux mais, en même temps, semblait ouvrir à une connaissance et une opérabilité majeures, en phase avec l’euphorie sociale et économique de ces années de reconstruction. Du point de vue d’un jeune médecin en formation en neuropsychiatrie, cette psychanalyse, ostracisée par la culture dominante, semblait ouvrir à des terrains jusqu’alors dissimulés, dont la découverte aurait contribué à trouver les réponses à des interrogations fondamentales. Qu’est-ce qui fait bouger les désirs et les conflits? Comment est constituée la culture humaine? Qu’est-ce qui définit la singularité et le destin de l’espèce humaine? Comment un nouveau-né, un enfant et un adulte s’inscrivent-ils dans un processus qui les rend maîtres d’eux-mêmes et fabricants de culture partagée, ou, inversement, des pauvres malades, des «fous»?

L’autre: Il y a donc eu, là, un premier passage qui a conduit à un changement de lieux et de disciplines, telle une quête de lieux où cette recherche pouvait continuer.

PC: Oui, pour suivre cette voie j’ai laissé l’Italie et je suis parti en Suisse, précisément à la Clinique Cery de Lausanne, qui était totalement gérée par des psychanalystes. J’y suis resté deux ans, j’ai appris beaucoup de choses mais j’ai également constaté les limites du modèle de la psychiatrie institutionnelle, même si Cery était très avant-gardiste à l’époque.

Quand j’ai pris mes fonctions, ils m’ont attribué la gestion du service d’admission des hommes, comme il était d’usage en tant que «novice». C’était le premier palier, le banc d’essai. On initiait ainsi les jeunes psychiatres qui venaient d’autres pays. Nous provenions tous, les assistants, de pays qui étaient considérés par les Suisses comme étant du «tiers-monde»: Espagne, Portugal, Italie, Yougoslavie, Grèce. Nous étions une cinquantaine d’internes étrangers qui voulaient apprendre une psychiatrie psycho-dynamique «illuminée» par la psychanalyse. J’ai appris là-bas beaucoup de ce que je connais de la psychiatrie. Mais j’ai également vécu les limites et les risques d’une telle institution.

Je recevais les « agités » et les urgences psy. Dans la plupart des cas, il s’agissait d’immigrés saisonniers qui travaillaient en Suisse dans les bâtiments ou l’agriculture.

En tant que responsable du service d’admission des hommes, je recevais les «agités» et les urgences psy. Dans la plupart des cas, il s’agissait d’immigrés saisonniers qui travaillaient en Suisse dans les bâtiments ou l’agriculture.

Beaucoup d’entre eux venaient du Sud de l’Italie. En parlant avec eux il était évident que leur crise explosive (souvent à caractère psychotique, avec des vécus de persécution), facilitée en général par l’alcool, n’était que le dernier maillon d’une longue série de discriminations et de vexations subies. La société suisse, dans son ensemble, avait tendance à mettre les immigrés sur le banc des marginalisés et des accusés en les isolant. J’ai commencé ainsi à constater les facteurs extra-psychologiques, extra-psychanalytiques, des crises. Les conditions de vie et le contexte social et économique de ces immigrés pouvaient avoir un effet très puissant sur leur état de santé, sur leurs symptômes ainsi que sur la réponse institutionnelle, donc aussi psychiatrique, face à ces crises1. D’autres expériences cliniques ont, par la suite, contribué à démanteler mon investissement dans cette psychiatrie psychanalyste qui, de l’Italie, paraissait être un modèle avant-gardiste. Elle était à mes yeux une sorte d’organisation totalitaire, un cercle fermé qui emprisonnait la pensée critique et aussi la recherche d’autres voies et solutions; c’était tout l’envers de la position «scientifique» que je recherchais. Ces réserves ont, à nouveau, nourri mon désir de changement par une inquiétude qui éclata un jour que je n’ai pas oublié depuis. Nous étions trois internes de la clinique, sur les bords du Lac Léman, en train de boire du Pernod, tout en feuilletant les journaux et bavardant des dernières conquêtes de la psychanalyse et de la psychiatrie. Et, je ne sais pas comment, nous avons commencé à réaliser que tout juste de l’autre côté du lac, que l’on voyait très clairement de notre terrasse de café, il arrivait quelque chose d’inimaginable. La France était paralysée par le soulèvement des étudiants et des ouvriers. Il n’y avait plus d’essence, plus de transports, il n’y avait plus rien de «normal». Le Président De Gaulle, racontait-on, était parti en Allemagne pour chercher de l’aide parce que «dans le pays avait cours la révolution». Dans les jours suivants, nous avons tous suivi avec attention les nouvelles. Il y avait des slogans qui nous touchaient jusqu’au fond de nous-mêmes. Un autre monde était donc possible, où les émotions, les passions, la fantaisie pouvaient se jumeler avec la science et les techniques? Il était possible d’ouvrir des espaces au-delà des conventions et des obligations héritées, un monde à inventer et créer. Il se passait à grande échelle quelque chose d’extraordinaire qui déboussolait le monde. Et quelque chose de similaire était en train d’arriver aussi en Italie. C’était difficile de continuer à rester dans cette Suisse. Il y avait autre chose qui tapait à la porte et qui demandait un changement d’air.

L’autre: Es-tu rentré en Italie?

PC: Oui, à Milan. Là-bas s’ouvrirent deux pistes, parfois divergentes et parfois entremêlées. L’une d’elle était la psychiatrie, ou plutôt ce qu’elle devenait dans une société en pleine transformation, presque en révolution. Là, j’ai rencontré Diego Napolitani dans la communauté Villa Serena, psychiatre et psychanalyste, élève de Franco Fornari, président de la Société psychanalytique italienne, devenu en 1959 dirigeant auprès du Service d’Hygiène Mentale de la Province de Milan. Un psychanalyste dirigeant dans les institutions administratives! Dans les années 60, Napolitani avait ouvert la première communauté thérapeutique pour patients psychotiques: le «Centre de psychiatrie sociale et psychanalyse de groupe». En le créant et en associant psychanalyse, thérapie de groupe et psychiatrie sociale, il avait déclenché l’hostilité des psychiatres et des psychanalystes. Cette expérience s’approchait de celle de Ronald Laing à Londres au Kingsley Hall. J’ai ensuite rencontré à Gorizia Franco Basaglia et j’ai assisté à son travail de démantèlement de l’hôpital psychiatrique. J’ai continué à garder plusieurs contacts, sans m’engager véritablement nulle part. J’avais commencé à Milan une autre tranche de psychanalyse qui allait bientôt se terminer et il fallait décider que faire et où aller.

Finalement, j’ai suivi la piste qui passait par les rues, les assemblées, les collectifs, les milieux intellectuels critiques et révolutionnaires, les provocations parfois assourdissantes contre ceux qui défendaient à tout prix l’ordre dominant; celle qui appelait à la participation active et qui était en train de déstabiliser les fondements de l’existant. J’ai donc mis de côté les livres de psychiatrie et de psychanalyse et j’ai suivi tout ce qui se passait dans les rues à Milan.

Le mouvement des étudiants, l’université, les usines: tout était en ébullition. L’idée de pouvoir élargir le discours politique à la qualité de vie des personnes, à comment les personnes sont faites et construites, aux nœuds et aux possibilités des approches thérapeutiques, aux influences nocives qui empêchent la réalisation du possible et construisent des psychopathologies: cette voie-là, qui commençait à se dessiner, m’attirait sans aucun doute. Elle était la voie où je mettais mes compétences techniques au service d’un mouvement dont je partageais les raisons, le souffle et les objectifs. J’avais finalement trouvé mes copains de recherche, d’expérimentation et de construction du possible.

L’attentat de la Place Fontana à Milan le 12 décembre 19692, et ce qui s’en est suivi, a brusquement brûlé et éteint tout ce que le mouvement des ouvriers, des étudiants et des intellectuels était en train de créer, d’unir et de souder. Dans la perspective de reprendre notre souffle et continuer notre recherche d’une vie plus féconde, un petit groupe dont, je faisais partie, a alors déménagé dans une zone rurale de la Toscane. L’objectif était d’expérimenter une commune libertaire et agricole: une autre forme de quotidienneté, cette fois-ci réellement et entièrement partagée. Ce fut une expérience intense, parfois splendide, parfois très dure, partagée aussi avec d’autres groupes qui avaient fait le même choix. Elle s’est éteinte ensuite par épuisement des motivations et des ressources, dans un contexte qui devenait progressivement de plus en plus hostile. Lorsque cette tentative de soustraction et de résistance a atteint sa limite en aboutissant en un lieu sans air, refermé sur lui-même, chacun d’entre nous le quitta en suivant ses propres intérêts et ses projets. Pour ce qui me concerne, j’ai stocké mes livres de psychiatrie et de psychanalyse dans une malle que j’ai laissée à la cave et je suis parti.

Je suis parti pour l’Afrique avec l’idée de documenter les activités traditionnelles ayant quelque chose à nous transmettre et à nous enseigner dans le domaine psy: les phénomènes de transe et de possession, par exemple, les rituels et les cérémonies de guérison, etc.

Ces pèlerinages me permettaient de ne pas oublier certaines questions restées ouvertes et auxquelles je n’avais pas trouvé de réponses. Par exemple: est-il vrai, comme le suggérait la psychiatrie anti-institutionnelle et l’antipsychiatrie, que la folie serait le résultat du capitalisme et de la société de classe? De façon plus générale: les troubles psychopathologiques étaient-ils réellement universels, comme le disait la psychiatrie officielle, et donc liés à la nature même des êtres humains? Ou dépendaient-ils des typologies particulières des sociétés et des formes culturelles spécifiques? Enfin, les modalités de prévention et de soin, étaient-elles identiques partout?

L’autre: Parmi les différents pays visités, le Mali semble être celui qui t’a permis de trouver certaines réponses et de transformer une recherche personnelle en une aventure collective en y associant notamment des institutions italiennes et maliennes. Comment est-ce arrivé, et quels ont été les résultats de ce travail?

PC: Les premiers voyages africains ont eu lieu en Afrique du Nord: Algérie, Tunisie, Maroc. Ils étaient pour moi des mondes complètement nouveaux, fascinants par leur complexité, par leurs us et coutumes. La documentation de rituels et de pratiques thérapeutiques passait nécessairement par des représentants locaux qui, sans formation académique et étant souvent illettrés, faisaient dans leur contexte un travail de soin. C’étaient des rencontres riches de grandes surprises pour moi qui venais d’une formation biologique et qui ne m’étais jamais intéressé à l’anthropologie et à l’ethnologie. Il y avait tout un univers à découvrir.

Je suis parti pour l’Afrique avec l’idée de documenter les activités traditionnelles ayant quelque chose à nous transmettre et à nous enseigner dans le domaine psy : les phénomènes de transe et de possession, par exemple, les rituels et les cérémonies de guérison, etc.

Ensuite, les premiers voyages sur les pistes d’Afrique subsaharienne m’ont donné accès à des mondes radicalement différents. La merveille que suscitaient ces endroits, ces organisations sociales, ces modalités d’être en tant qu’humains allait de pair avec la curiosité et le désir de connaître, de rentrer dans ces mondes. Le Mali, de par la variété des territoires géographiques et climatiques, la multiplicité des ethnies, des langues et des stratégies de survie (agriculteurs, éleveurs, pêcheurs), la persistance des pratiques et des théories traditionnelles de soins, apparaissait comme le lieu idéal pour un approfondissement. A Bamako, la capitale, dans un petit laboratoire du Ministère de la Santé, travaillait un pharmacien, Mamadou Koumaré. Il étudiait les pratiques traditionnelles de soins et, en particulier, l’efficacité de la phytothérapie locale. Mais il n’avait pas de compétences pour explorer les lieux des «choses cachées», «des maladies mystiques», là où étaient les initiés, les devins et autres thérapeutes. Aucun représentant des disciplines scientifiques de la psyché n’avait jamais exploré ce terrain. A Bamako, il y avait le «Cabano», l’hôpital pour les fous, un département de l’Hôpital National: la seule structure psychiatrique de tout le pays, gérée par un infirmier, qui hébergeait plus de 400 patients. Le seul psychiatre malien qui dirigeait l’hôpital entier n’avait sûrement pas le temps de suivre les «fous» ni de penser à organiser une politique nationale de santé mentale. J’ai visité le Cabano: il avait les mêmes caractéristiques que les hôpitaux psychiatriques italiens, mais les conditions des internés étaient infiniment pires.

J’ai demandé à Kasselem si je pouvais rester et s’il pouvait me montrer comment il travaillait. Il conclut notre rencontre avec cette phrase : « Un voleur rencontre un autre voleur et s’entendent. Un guérisseur rencontre un autre guérisseur et s’entendent. Tu peux rester ».

C’était le pavillon où le taux de mortalité était le plus élevé, encore plus élevé que dans les services des maladies infectieuses et de chirurgie. J’ai demandé à l’infirmier qui gérait le Cabano ce qui se passait pour les fous dans le reste du pays. Il m’a expliqué qu’ailleurs les guérisseurs traditionnels s’en occupaient. Si je voulais rencontrer l’un des plus com-
pétents, je devais me rendre plus au Nord, sur le plateau Dogon, et chercher un vieux du nom de Sagara Kasselem. Il était connu comme «guérisseur de folie». Parfois, il était même appelé à Bamako par le Président de la République lorsqu’il avait besoin de divination afin de prendre des décisions importantes et explorer les «choses cachées». Je suis allé le voir sept cent kilomètres plus au Nord. Je l’ai rencontré dans son village où, avant moi et après les colons français qui cherchaient des hommes pour les travaux lourds et pour l’armée, un seul autre «blanc» était passé: un prêtre. J’étais accompagné par un infirmier du centre de santé le plus proche. Le vieux a accepté de me rencontrer et de me parler; je lui ai demandé de me raconter ce qu’il soignait, comment et où est-ce qu’il l’avait appris. Sa parole, son comportement, le contexte du petit village, la rencontre ensuite avec le «représentant sanitaire» du village, représentant local de la médecine officielle, m’ont profondément touché. C’est ainsi qu’à la fin de la rencontre, j’ai demandé à Kasselem si je pouvais rester et s’il pouvait me montrer comment il travaillait. Il conclut notre rencontre avec cette phrase: «Un voleur rencontre un autre voleur et s’entendent. Un guérisseur rencontre un autre guérisseur et s’entendent. Tu peux rester»3. J’étais sûr d’avoir croisé une piste précieuse qui correspondait à une exigence que je ressentais mais qui permettait aussi d’élargir l’horizon des disciplines de la psyché. De retour à Bamako, j’ai défini avec Mamadou Koumaré un projet de recherche sur les médecines locales et les troubles mentaux.

En Italie, avec des collègues et amis, nous avons organisé un petit groupe: le Groupe interdisciplinaire de recherche en médecine et santé qui a organisé une première mission exploratoire au Mali. En faisaient partie Lelia Pisani (qui s’occupait particulièrement des liens mère-enfant), Alberto Romero (pour les photographies et les enregistrements-audio), Flavio Vida (vidéo) et moi-même. Il fallait recueillir les éléments et les documents qui pouvaient aider à trouver, en Italie, le support institutionnel et les financements pour mener à bien ce projet.

En l’espace d’un an, nous avons recueilli le matériel suffisant, validé grâce à l’aide des collègues maliens, pour présenter un projet aux institutions intéressées afin de mettre en place une recherche plus importante. En Italie, Rosalba Terranova, neuropsychiatre ayant travaillé au Mozambique et qui dirigeait un hôpital psychiatrique à Milan, nous a accueillis et nous a donné la possibilité de présenter les résultats de notre travail et d’en discuter les perspectives d’un point de vue scientifique. Nous avions beaucoup de choses à montrer: épidémiologie locale des troubles psychiques en utilisant soit les classifications internationales soit les classifications locales, description et évaluation de techniques de prise en charge, etc. Mais nous avions aussi quelque chose à offrir d’un point de vue opérationnel: offrir aux pays, qu’à cette époque-là on appelait «en voie de développement», des modèles de soin capables de valoriser et d’intégrer les ressources conventionnelles et traditionnelles.

La même chose s’est passée à Pise dans la clinique psychiatrique dirigée à l’époque par Piero Sarteschi. Nous avons ensuite présenté notre projet au service de la Médecine Traditionnelle et à celui de la Santé Mentale de l’Organisation Mondiale de la Santé. Ce fut une période riche de rencontres: tout en continuant la collaboration avec le département de Médecine Traditionnelle au Mali, nous avons participé au processus d’ouverture de la psychiatrie à d’autres disciplines, à d’autres modèles et modalités de soins. En Italie ce n’était pas, à cette époque, difficile de trouver des alliés pour ce que l’on était en train de bâtir. Tullio Seppilli et le département d’Anthropologie de l’Université de Pérouse, suivant les travaux d’Ernesto de Martino, étudiaient la médecine populaire italienne et son efficacité. Gilles Bibeau, Ellen Corin et Mariella Pandolfi de l’Université Mc Gill de Montréal, participaient avec nous à des rencontres et séminaires en Italie sur l’Anthropologie de la santé et sur les nouveaux modèles de santé mentale. Les travaux d’anthropologues et psychiatres italiens sur les cultures subalternes, sur les conceptions locales de la santé, des maladies et des soins en Italie, comme ailleurs, suscitaient de plus en plus d’intérêt. A Nice, nous avons rencontré Henri Collomb et nous lui avons présenté les résultats de nos recherches au Mali, en ouvrant de nouvelles collaborations. Le climat culturel était en train de s’ouvrir rapidement profitant aussi du mouvement d’esprit généré dans les années 60 et 70. Nous nous sommes trouvés progressivement impliqués dans ce processus, où prenait vie un nouveau noyau d’idées, de pensées et de visions qui se complétaient. Nous étions en train de contribuer activement à cette nouvelle approche qui proposait l’alliance entre différentes disciplines humaines appliquées et médico-psychiatriques et qui commençait à donner des fruits jusqu’alors inimaginables. Ce mouvement était alimenté également par nos documents, vidéos et publications dans les revues scientifiques italiennes et internationales, ce qui contribuait à renforcer et à soutenir cette ouverture. Par exemple: l’Institut de Psychologie du Conseil National des Recherches, dirigé à l’époque par Raffaello Misiti, engagé en Somalie dans des activités de formation et de recherche, avait inclus comme thème la psychopathologie et les thérapies locales. Dans une première mission à Mogadiscio, j’eus l’opportunité de documenter en vidéo une session de Minghis, un dispositif de soin et de divination utilisé aussi pour soigner des troubles mentaux et de recueillir, en même temps, des informations sur les ressources informelles de santé présentes sur le territoire.

En 1984, le Ministère des Affaires Etrangères (Direction Coopération Internationale) m’a d’abord confié la responsabilité de coordonner une intervention d’urgence de l’UNICEF à Tombouctou, à l’occasion d’une grave sécheresse. Ce fut la rénovation de l’Hôpital de Diré, réalisée avec l’aide de médecins, d’infirmiers, d’anthropologues maliens et de thérapeutes traditionnels locaux.

Nous étions en train de contribuer activement à cette nouvelle approche qui proposait l’alliance entre différentes disciplines humaines appliquées et médico-psychiatriques et qui commençait à donner des fruits jusqu’alors inimaginables.

Deux ans plus tard, j’ai eu la responsabilité de réaliser un programme plus vaste, financé par la Coopération Internationale Italienne ayant, entre autres, pour objectif d’accomplir le travail sur les médecines traditionnelles que nous avions initié presque dix ans auparavant avec Mamadou Koumaré. L’objectif final était la réalisation à Bandiagara du Centre Régional pour la V Région de Médecine Traditionnelle. Il s’agissait de créer une structure gouvernementale en condition d’évaluer les pratiques des thérapeutes traditionnels de la région en valorisant les recettes, surtout celles des herboristes, avec les critères de la phytopharmacologie.

Ce programme, doué de ressources importantes et dans lequel travaillait un groupe d’experts italiens et maliens (jusqu’à 15 personnes) a donné vie, en cinq ans de travail, à plusieurs réalisations. Des associations locales de thérapeutes traditionnels ont été créées, réunies dans une fédération; une unité de production de médicaments traditionnels améliorés a été réalisée; des archives ethnobotaniques des ressources végétales utilisées par les tradipraticiens de la zone ont été créées suivant le standard international. En outre, des activités de recherche sur les systèmes de soin traditionnels ont été réalisées en vue de leur potentielle articulation avec le système sanitaire local. Tous ces travaux ont été documentés à travers des articles dans des revues scientifiques, des livres et des enregistrements audio et vidéo.

Ce fut également l’occasion pour lancer des recherches d’approfondissement sur certains sujets plus spécifiques. Nous avons réalisé avec Piero Morosini, épidémiologiste de l’Institut Supérieur de la Santé en Italie, une étude sur la prédominance des troubles psychiques dans une zone agricole et industrielle de la Toscane, en Italie, et un autre, en parallèle, sur la prédominance des troubles dépressifs parmi une population d’éleveurs et d’agriculteurs à Bandiagara. Le débat international, vivace à cette époque, sur l’universalité des troubles dépressifs a favorisé des rencontres et des débats avec les représentants de la psychiatrie officielle et a motivé, par ailleurs, la rencontre avec Philippe Pignarre (Syntélabo à Paris) et la rédaction d’un livre, Les raisons de la douleur (Coppo, 2005) où j’ai cherché analyser une catégorie psychopathologique par une approche ethnopsychiatrique. Au cours de ces années, nous avons observé et documenté plusieurs cultes de possession au Mali et au Maroc, dispositifs souvent efficaces dans le contrôle et la solution des crises autrement destinées à une prise en charge psychiatrique. Ainsi, le champ s’élargissait et se multipliaient des publications et des initiatives. Grâce à des financements publics, un groupe d’ONG italiennes avait réalisé avec notre collaboration un programme de soutien aux médecines traditionnelles au Mali et au Sénégal (Programme Médecines Traditionnelles Mali Sénégal), dédié surtout à l’organisation des associations locales des thérapeutes, aux échanges entre eux et à leur collaboration avec les structures sanitaires.

Le dernier travail que j’ai réalisé sur le plateau dogon, avant que les difficultés liées à la guerre ne s’étendent sur tout le pays, a porté sur la sorcellerie et, en particulier, sur un culte de contre-sorcellerie, le Juru (Coppo, 2007).

L’autre: Cette longue et profonde expérience parmi les disciplines, les systèmes, les modèles de santé et de maladies, les techniques de soin, à travers des cultures différentes a montré le besoin d’une interdisciplinarité vertueuse, d’un dialogue radical entre altérités. Il fallait également lancer des processus de soin prenant en considération la diversité et la multiplicité des approches. Quelles ont été tes principales références et quels dispositifs avez-vous adoptés?

PC: L’une de mes dernières réalisations au Mali a été l’activation d’un service d’ethnopsychiatrie à Bandiagara. Un médecin psychiatre, presque toujours un anthropologue, un psychologue, un thérapeute traditionnel, l’interprète, le patient et ses parents participaient à la consultation. Cette expérience (qui suivait au début les traces de ce qu’avait mis en place Henri Collomb à Dakar), s’est ensuite bien combinée avec l’approche de Tobie Nathan. Au début des années 1990, Tobie Nathan a commencé à venir en Italie, sur le sillage de ses livres, pour des conférences et des supervisions. Il proposait une ethnopsychiatrie qui nous a paru immédiatement une alliée naturelle à celle que nous étions en train de pratiquer. Cette ethnopsychiatrie obligeait avec force les institutions publiques, psychothérapeutiques et psychanalytiques à une remise en discussion radicale de leurs fondamentaux. Elle réhabilitait les savoirs locaux sans timidité en proposant une théorie et une pratique qui balayait toutes les certitudes et les jugements des disciplines humaines appliquées en vigueur. Il fallait une rénovation radicale.

L’une de mes dernières réalisations au Mali a été l’activation d’un service d’ethnopsychiatrie à Bandiagara.

Les provocations et la ténacité de Nathan faisaient que ce qui, jusqu’ alors, avait été considéré en psychanalyse et psychothérapie comme compris, classé, donné, se transformait en obligation à penser et à regarder autrement. Une collaboration intensive, bien que parfois difficile, mais toujours créatrice avec le Centre Devereux de Paris a accompagné nombre d’entre nous dans l’exploration des nouvelles potentialités techniques et d’une littérature que nous ne connaissions pas: Devereux, Latour, Stengers, Pignarre, etc. Pour certains, la fréquentation assidue du Centre Devereux, à Saint-Denis, devint une réelle initiation à une vision du monde et à une discipline ouverte et en voie de construction qui faisait de la multiplicité et du rejet de tout cadre institutionnel figé sa ressource principale.

Parallèlement, nous étions sollicités par l’importance des flux migratoires en Italie et par les demandes de formations et d’interventions qui suivaient. Nous avons alors créé, dans un premier temps, et en collaboration avec l’Institut d’Anthropologie de l’Université de Gènes, un Master annuel d’ethnopsychiatrie adressé aux professionnels de santé et de l’éducation. En 2010, nous avons fondé le Centro Studi Sagara (CSS) dédié à l’enseignement et à la recherche en ethnopsychiatrie. Nous avons présenté au Ministère Italien de l’Université et de la Recherche (MIUR) le projet d’une école quadriennale de psychothérapie (psycho-dynamique et d’orientation ethno-psychothérapeutique), pour médecins et psychologues. Après quelques hésitations de la part de la commission formée d’administrateurs, de psychologues, de psychanalystes et des difficultés bureaucratiques, le projet fut finalement approuvé. Nous terminons cette année (2018-2019) le parcours formatif quadriennal de la première promotion: au total, huit médecins et psychologues, en grande partie déjà actifs dans les lieux critiques de rencontres des différents mondes.

En parallèle, et pour permettre au dispositif clinique ethnopsychiatrique de pouvoir fonctionner correctement, le CSS a ouvert un parcours annuel de formation pour médiateurs ethno-cliniques, modèle qui s’inspire en grande partie de celui fondé par Serge Bouznah. Aujourd’hui, les interventions demandées par les institutions publiques et par les associations concernées par la prise en charge des troubles, difficultés et conflits liés aux processus migratoires sont en train de saturer la disponibilité des personnes déjà formées.

L’autre: Ta façon de te battre toujours contre un «trop de pouvoir» gardé par un seul centre apparaît évidente, en t’ouvrant toujours à la collaboration, la co-construction, la pluri-culturalité et également le multi-professionnalisme. Pour conclure, pourrais-tu nous dire quelque chose à ce propos?

PC: J’ai toujours établi des relations et des collaborations exclusivement avec des institutions publiques et des lieux associatifs que nous reconnaissons et que nous apprécions. En Italie, il n’existe pas un seul et unique centre ayant le pouvoir de décider quelle est la vraie ethnopsychiatrie, comme le fait, par exemple, la Société Italienne de Psychiatrie pour la psychiatrie, ou la Société Italienne de Psychanalyse pour la psychanalyse. Personnellement, je considère cela fondamental pour qu’il y ait une ouverture à des nouvelles expérimentations, des approches, des confrontations et des affrontements qui alimentent la créativité dans ce domaine. En Italie, l’importante bibliographie et les archives qui contiennent du matériel audio et vidéo témoignent de ce parcours concernant l’ethnopsychiatrie italienne. Ses racines sont dans la «révolution» psychiatrique commencée à Gorizia par le psychiatre d’école phénoménologique Franco Basaglia; elles sont dans l’œuvre d’Ernesto di Martino et de son groupe et dans les travaux de Michele Risso (psychanalyste) et dans les travaux de plusieurs représentants des différentes disciplines ayant promu une approche qui tienne compte de la multiplicité culturelle (d’abord celle interne à l’Italie, ensuite celle créée par l’intensification du processus migratoire vers l’Italie).

L’ethnopsychiatrie soit elle est multiple, et donc capable de générer des ressources fortes en termes de pensée et de soins à travers la rencontre et le débat entre des altérités radicales, soit elle n’existe pas.

Sur cette «voie italienne» s’est implantée ensuite, en premier lieu, l’ethnopsychiatrie de Georges Devereux, ensuite celle du groupe de Henry Collomb à Dakar et de Tobie Nathan à Paris. Parmi les enseignants de l’école d’ethnopsychiatrie du CSS beaucoup ont bu à ces sources, d’autres représentent plutôt d’autres approches et expériences, comme l’école et le travail actuel de Marie Rose Moro et de ses collaborateurs avec qui nous collaborons aujourd’hui. Un chapitre à part, dont il est peut-être trop tôt pour parler et encore moins pour écrire, concerne la manière dont toute cette histoire a pu enrichir et modifier la théorie et la pratique de la psychothérapie et de la psychiatrie, même dans des situations typiquement «iso-culturelles». Entre-temps au moins, une chose me semble indiscutable: l’ethnopsychiatrie échappe à toutes les codifications et appropriations d’un seul groupe déterminé qui souhaiterait la figer et en devenir le seul représentant. L’ethnopsychiatrie soit elle est multiple, et donc capable de générer des ressources fortes en termes de pensée et de soin à travers la rencontre et le débat entre des altérités radicales, soit elle n’existe pas.

  1. Ce ne fut qu’une dizaine d’années après que j’ai trouvé dans un livre de Risso et Böker, Sortilegio e delirio (1964), une des clés d’interprétation de leurs pathologies: voilà une première ouverture sur les différentes matrices disciplinaires d’une possible pratique vraiment scientifique.
  2. Une bombe déposée dans la Banca Nazionale dell’Agricoltura de Milan fit 17 morts et 88 blessés le 12 décembre 1969. Pour les institutions de l’Etat (armée, police, administration, partis politiques, presse alignée), cet attentat était l’œuvre des «révolutionnaires». La dure répression qui s’en suivit arrêta le mouvement d’émancipation. Des dizaines d’années après cette répression, il fut démontré que le massacre était l’œuvre de l’extrême droite, d’une partie de l’armée et des services secrets.
  3. Cette rencontre a été décrite dans Les guérisseur de la folie. Histoires du Plateau Dogon (Coppo, 1998).

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