Les entretiens

© Piero COPPO D.G.

Troubler les frontières de la psyché et de la culture

Entretien avec Piero Coppo

, et


Michaela MEME

Michaela Meme est anthropologue et médiatrice au Centro Studi Sagara à Usigliano (Italie).

Ogobara KODIO

Ogobara Kodio est médecin et psychothérapeute transculturelle dans le groupe du Pr Marie Rose Moro, Maison de Solenn – Maison des adolescents, Hôpital Cochin, APHP, Paris.

Alice TITIA RIZZI

Alice Titia Rizzi est Psychologue clinicienne, Maison de Solenn, Hôpital Cochin, Doctorante, Université de Paris 5.

Coppo, P. (1998). Les guérisseurs de la folie. Histoires du Plateau Dogon. Paris, France : Les Empêcheurs de penser en rond.

Coppo, P. (2005). Le ragioni del dolore. Etnopsichiatria della depressione. Turin, Italie : Bollati Boringhieri.

Coppo, P. (2007). Negoziare con il male. Stregoneria e controstregoneria. Turin, Italie : Bollati Boringhieri.

Risso, M., Böker, W. (2000). Sortilegio e delirio. Dans : Lanternari, V., De Micco, V., Cardamone, G., (éds.), Sortilegio e delirio. Naples, Italie : Liguori Editore.

Principales publications

Coppo, P. (1994). Interprétation des maladies et leur classification dans la médicine traditionnelle dogon (Mali) II. Les troubles psychiques. Psychopathologie africaine, XXVI, 35-60.

Coppo P, Keita A (éds). (1990). Médecine traditionnelle. Acteurs, itinéraires thérapeutiques. Trieste, Italie : Edizioni E.

Coppo, P. (1990-1991). Problèmes et limites méthodologiques des études épidémiologiques en situations transculturelles. Psychopathologie africaine, XXIII, 3, 279-285.

Coppo, P., éd. (1993). Essai de psychopathologie dogon. Bandiagara, Mali : CRMT/PSMTM.

Coppo, P. (1997). Western Psychiatry as Ethnopsychiatry. Transcultural Psychiatry, 34(1), 53-57.

Coppo, P. (2013). Ethnopsychiatrie : la voie italienne. Annales Médico-Psychologiques, 171, 58-59.

Coppo, P. (2013). Le ragioni degli altri. Etnopsichiatria, etnopsicoterapia. Milan, Italie : Cortina.

Coppo, P. (2019). Le (S)ragioni degli Altri: fare etnopsichiatria. Centro Studi Sagara : I Quaderni della scuola, 1, 79-92.

Pour citer cet article :

Meme M, Kodio O, Titia Rizzi A. Troubler les frontières de la psyché et de la culture. Entretien avec Piero Coppo. L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2020, volume 21, n°3, pp. 249-259


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/entretiens/troubler-les-frontieres-de-la-psyche-et-de-la-culture/

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Piero Coppo, médecin, neuropsychiatre, aujourd’hui ethnopsychiatre, est considéré comme l’un des fondateurs de l’ethnopsychiatrie italienne. Il a travaillé durant plusieurs années dans des programmes de coopération internationale en Afrique, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Il est impliqué dans des activités de formation et de recherche en Italie et à l’étranger. Son activité clinique se situe à Pise, dans le centre de l’Italie. Avec son équipe, il a fondé en 1990 l’Organizzazione Interdisciplinare Sviluppo e Salute (Organisation Interdisciplinaire de Développement et de Santé, www.oriss.org) autour des questions des « lieux et langues de frontière entre anthropologie, psychologie, médecine et psychiatrie » et, en 2010, le Centro Studi Sagara (www.centrosagara.it) particulièrement dédié à la formation et à la recherche en ethnopsychiatrie.

L’autre : Piero, peux-tu nous parler de ton parcours ? Comment es-tu arrivé en médecine, en neuropsychiatrie et puis en ethnopsychiatrie ?

Piero Coppo : Je viens d’une famille où, depuis trois générations, les hommes étudient la médecine et la pratiquent dans diverses spécialités. Mon père était un médecin interniste, professeur universitaire de clinique médicale, reconnu en Italie et ailleurs comme éminent hépatologue. Il avait commencé ses recherches dans un laboratoire d’histologie. Il a collaboré à l’identification d’une formation de cellules nerveuses dans la moelle épinière humaine qui a pris son nom : la « colonne de Coppo-Terni ». Il se considérait positiviste et matérialiste ; il incarnait le projet illuministe : avant tout la raison et la méthode scientifique expérimentale. En dehors, que de superstitions et des « croyances ». Toutefois, il savait que, au dehors, il y avait quand même autre chose. Les premiers textes de Freud, je les ai trouvés dans sa bibliothèque. Il pensait, tout comme Freud à ses débuts, que cet « Autre » immatériel pourrait, voire même devrait, être déchiffré et mis au service de la méthode scientifique, unique source de données qui puissent conduire à l’« absolu » (du latin ab-soluta : parfait, libre de tout conditionnement et lien). L’objectif : absolue vérité d’une nature enfin dévoilée par/à la raison humaine. Lorsque, contre son avis, j’ai décidé d’étudier la médecine, j’ai été porté par son exemple mais aussi par la tradition de ma famille maternelle. Mon grand-père maternel avait développé en Italie un centre de soin de la tuberculose centré sur l’héliothérapie. Mon oncle, le frère de ma mère, avait conduit avec passion des recherches autour de l’étiopathogenèse des maladies virales.

Je me disais donc que, avec la même passion pour la science et les mêmes outils, il aurait été possible de dévoiler le secret de l’humain, la singularité de ce que certains appellent « l’âme » et d’autres « psyché ».

Mon père – et bien d’autres avant lui – avait travaillé sur la machine du corps et sur les bases matérielles de l’existence humaine, en syntonie et grâce aux nouveaux et extraordinaires outils créés par les grandes découvertes techniques qui marquèrent cette période de l’Europe et du monde. Il s’agissait, à mon avis, d’exploiter ces ouvertures et ces techniques pour mener le même travail sur la composante immatérielle de l’être humain. Voilà ce qui m’habitait : un projet grandiose, sûrement très ambitieux, soutenu par la vague d’exaltation technique (notamment en médecine) de l’après-guerre.

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