Les entretiens

© Marie Rose Moro, Paris, 2015 Source D.G.

Croire aux mots

Entretien avec Atiq Rahimi

et


Juliette FOURNOT

Marie Rose MORO

Marie Rose MORO est professeure de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Université de Paris-Descartes, chef de service de la Maison de Solenn, Maison des adolescents de Cochin. Chercheure au PCPP EA 4056 Sorbonne Paris Cité, Institut de Psychologie et CESP, INSERM.

Pour citer cet article :

Moro M.R, Fournot J, Croire aux mots. Entretien avec Atiq Rahimi. L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2015, volume 16, n°3, pp. 340-351


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/entretiens/croire-aux-mots/

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Atiq Rahimi, écrivain poète et cinéaste, reçoit le prix Goncourt 2008 pour le livre « Pierre de patience- Synge sabour ». Il en dirige l’adaptation cinématographique (en 2012) ode à la puissance libératrice des mots. C’est aussi le dernier fruit de son parcours personnel et intime en écho aux événements familiaux et aux tumultes qui déchirent l’Afghanistan. Né à Kaboul en 1962, d’un père Gouverneur du Panjshir et mère institutrice, troisième enfant d’une fratrie de quatre.

A onze ans, face aux souffrances de son père emprisonné et torturé à la chute du Roi, il écrit ses premiers poèmes pour les offrir à son père. Il est élève du lycée Esteklal franco-afghan de Kaboul. L’année du coup d’état communiste en Afghanistan, à 16 ans il parcourt seul l’Inde du Sud, revient à Kaboul en 1979 juste avant l’invasion du pays par l’armée Soviétique. Il y passe son Bac et entre en lettres modernes à l’Université de Kaboul.

En 1984, il choisit l’exil avec sa fiancée Rahima qui deviendra sa femme, et obtient l’asile politique en France. Il s’inscrit à l’Université de Rouen et obtient sa licence de Littérature, puis une Maitrise en communication audiovisuelle suivi d’un doctorat en audiovisuel à la Sorbonne.

En 1996, année de la prise du pouvoir par les Talibans, et année de naissance de sa fille, Atiq écrit en persan « Terre et cendre » ou deuil, silence et tabous s’entrechoquent, publié chez POL en 2000, suivi de « Milles maisons du rêve et de la terreur » publié chez POL en 2002.

En Nov. 2001 l’armée des Etats Unis d’Amérique chasse les Talibans du pouvoir, et dès 2002 Atiq retourne en Afghanistan pour réaliser un documentaire, publie un livre de photographies « Le retour imaginaire » (POL, 2005), puis tourne en Afghanistan « Terre et cendres » présenté à Cannes en 2004 (Prix Regard vers l’avenir). Atiq impliqué dans la reconstruction de l’Afghanistan fonde une chaine télévision et lance une émission « Afghanistana » la Star Académie Afghane au répertoire classique.

En 2011,  il publie « Maudit soit Dostoïevski » (P.O.L.), suivi en 2012 du film « Pierre de patience » (Prix du meilleur film au Festival international des jeunes réalisateurs de Saint-Jean-de-Luz).

En 2014, l’exposition de dessins calligraphique « Calimorphie » dévoile un autre aspect de sa créativité. En 2015, il publie un livre sur l’exil « La ballade du Calamé » (Ed Iconoclaste) – L’exil ne s’écrit pas. Il se vit…

Il nous livre ici son parcours personnel et donne un éclairage intime sur son œuvre multiforme. Il nous fait entendre sa voix belle et forte, une nécessité, au moment où nous sommes en risque de perdre le sens de l’hospitalité en Europe.

écouter un extrait de l’entretien

L’autre : Comment raconteriez-vous votre enfance ?

Atiq Rahimi : Je suis né en 1962 alors que mon père était le gouverneur de la ville de Panjshir, aujourd’hui reconnue sous le nom de la vallée de Massoud1. Ma mère était enceinte de moi, et deux jours avant ma naissance, elle est rentrée à Kaboul.

L’autre : Et c’est donc comme ça que vous êtes né à Kaboul ?

A.R. : Oui, né à Kaboul mais conçu à Panjshir. J’ai dit ça une fois dans une interview et tout le monde en Afghanistan pense que je suis panjshiri mais en fait je suis kabouli.

L’autre : Vous êtes né à Kaboul, à ce moment-là, votre père était toujours gouverneur ?

A.R. : Oui, mais quelques temps après ma naissance, il a démissionné pour retourner à Kaboul où il est devenu juge à la Cour suprême. Ma mère était institutrice. Elle a même créé dans la vallée du Pandjchir une école pour les filles, dans sa propre maison. Car les notables comme les Mollahs et les villageois, étaient contre l’éducation des femmes dans la vallée du Panjshir ! Bref, après ma naissance, ma mère a cessé d’enseigner pour s’occuper de ses enfants – deux fils et deux filles. Nous avons tous grandi à Kaboul. J’ai fait d’abord les premières années dans une toute petite école qui se trouvait pas loin de chez nous, puis, comme j’étais un élève très sage avec de bonnes notes, la famille a voulu absolument que j’entre au Lycée franco-afghan. Jusqu’en 6e on n’apprenait pas le français, toutes les matières étaient enseignées en persan. A partir de la 9e, c’est-à-dire la 3e ici, on apprenait trois autres matières en français.

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  1. Ahmad Shah Massoud (2 septembre 1953 – 9 septembre 2001) était le commandant dans le Panjsher du Front Uni Islamique et National pour le Salut de l’Afghanistan, du Jamaat-e Islami et le chef de l’Armée islamique, une armée ayant combattu contre l’occupation soviétique puis le régime des Talibans de 1996 à 2001 (note de l’éditeur).

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