© Winds / E. Guionet D.G.

Sur les chemins de l’école

Un film de Pascal Plisson


Marion GÉRY

Marion GÉRY est psychologue clinicienne à Marseille.

Pour citer cet article :

https://revuelautre.com/lire-voir-ecouter/film/sur-les-chemins-de-lecole/

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© Winds / E. GuionetUne symphonie à la vie et au courage avec des images somptueuses. Un film qui conte l’heureuse diversité et le quotidien de quatre enfants, venus de différents coins du monde tout en reposant sur un socle d’universalité : leur commun désir d’apprendre et de sillonner les chemins de l’école. Un documentaire passionnant qui évoque de manière simple et réaliste, de trop inégales conditions d’accès au savoir.

Comment être assuré de la possibilité d’apprendre si l’on naît fille, ou enfant évoluant dans des conditions d’isolement extrême, ou encore destiné comme les générations précédentes à s’acquitter des tâches quotidiennes, sans compter la mise à l’écart des jeunes en situation de handicap invalidante. En fait plus que l’école compte ici le chemin à parcourir pour s’y rendre. Un parcours initiatique qui ne rebutera, ni ne découragera jamais les quatre jeunes héros filmés par Pascal Plisson avec sensibilité et justesse. Volontaires, motivés, déterminés, voilà des enfants qui vont de l’avant, ne reculent devant aucune difficulté, et doivent s’accrocher puisqu’ils ont décidé d’aller apprendre.

Alors après la bénédiction de leurs parents, une gourde et un bâton à la main ils partent dès l’aube, conscients des kilomètres à parcourir et des maints dangers à affronter : les bandes guerrières croisées sur des routes escarpées, les pistes peu stables bordées de précipites, les animaux sauvages dont on entend les barrissements (éléphants de la savane) ou les piétinements furieux, sans compter la fatigue des distances parcourues, pendant des heures au grand froid ou durant les périodes de sécheresse. A pied, à cheval, ou en trainant s’il le faut le fauteuil roulant bricolé-maison d’un frère aîné invalide, qui s’embourbe constamment dans les sols sablonneux nul ne renonce.

Ces enfants ne connaissent pas la plainte. Pourtant comme tous les enfants du monde ils chantent pour oublier leur fatigue ou leur peur, s’entraident, récitent leurs leçons, s’encouragent mutuellement, font de blagues, rient, s’inquiètent de ne pas être à l’heure pour le lever du drapeau, se dépoussièrent pour ne pas attirer les moqueries à leur arrivée, prévoient d’échanger une poule au marché contre des biscuits pour la semaine. Bien sûr les filles sachant que peu d’hommes s’arrêtent s’inquiètent une fois sur la route : quelqu’un acceptera – t’il de les charger dans son véhicule ? Le réalisateur français autodidacte, Pascal Plisson, globe trotteur infatigable parvenu au seuil de la maturité après avoir vécu plusieurs années au Kenya pour y filmer les animaux sauvages puis s’être intéressé de près aux guerriers Massai, nous fait don d’un film exceptionnel.

Promu à Cannes meilleur documentaire 2014, nous voilà immergés avec délicatesse et profondeur dans des quotidiens bien particuliers comme celui de Jackson, onze ans, au regard d’acier, membre de la tribu des Samburu, (Nord du Kenya) ; de Carlito, onze ans, un petit berger argentin qui vit avec sa petite sœur et son cheval une complicité hors du commun ; de Zahira une jeune berbère de 12 ans qui habite dans le Haut Atlas marocain et qui sera la première fille de sa génération à aller à l’école ; et de Samuel, 13 ans, natif du sud de l’Inde, né prématurément, quotidiennement tracté par ses deux jeunes frères qui vont lui permettre de réaliser un jour son rêve : devenir docteur pour soigner d’autres enfants handicapés. Pascal Plisson nous fait bien partager toute la force de vie de ces quatre petits d’hommes qui sont venus à lui et qu’il a choisi pour leur commune classe d’âge (11 et 13 ans), la grande distance qui les sépare de leur école, leur profonde détermination, et les liens étroits tissés avec leurs familles.

Des enfants qui font la fierté de leurs parents et construiront le monde de demain créé sur les valeurs de respect, de solidarité de groupe et de courage. De quoi, se demander si Pascal Plisson lors de sa préparation n’aurait pas eu en poche quelques livres de Pierre Rabhi, ce sage agriculteur-philosophe, autodidacte qui nous encourage à respecter une nature aussi mystérieuse qu’indomptable tout en nous insufflant l’énergie et la puissance d’une sobriété heureuse puisant dans la force du collectif et de la solidarité. Comment pourrions nous oublier au bout de ces chemins de l’école, l’incroyable accueil réservé à Samuel aussitôt pris en charge par ses camarades ? Pour ceux qui n’auraient pas pu aller le voir au cinéma, sachez que ce documentaire est disponible depuis le 23 avril 2014 en DVD.


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