Livre

Un café comme métaphore

Création collective coordonnée par Moraya Knecht et Jean-Claude Métraux

Éditions Antipodes, 2024

C’est un petit livre très singulier, comme son initiateur Jean-Claude Métraux (JCM), que les clinicien.nes transculturel.les connaissent bien. C’est un témoignage, un ouvrage didactique et militant, qui relate la méthode d’un enseignement tenu pendant de nombreuses années.

À rebours de nos contraintes et de nos règlementations qui nous corsètent, à contre-pied d’un savoir cumulatif, JMC et son « élève » Moraya Knecht nous livrent les clés d’un déconfinement universitaire (l’ouvrage est né lors du confinement) grâce à l’enseignement d’une pédagogie communautaire participative. Cette pédagogie laisse une place déterminante aux savoirs personnels et collectifs qui, rassemblés, collectés et puisés dans l’expérience de chacun et l’impulsion collective, donnent accès à une connaissance concrète dans un souci permanent de dé hiérarchie.

Cette pédagogie qui plonge dans les expériences du passé de JCM, n’est pas un prêt-à-­penser, mais une méthode souple qui unit forme et contenu dans une co-construction évolutive : elle se transforme en fonction des étudiants et de leurs travaux. Ce livre se veut l’expérimentation concrète de cette pédagogie en réunissant une polyphonie d’écritures. L’enseignant n’est pas dans une position de surplomb mais dans un engagement qui puise dans son vécu et dans son intention de transmettre, de libérer l’étudiant de carcans qui masqueraient sa créativité.

Cette méthode s’intitule approche participative radicale, et s’appuie sur des dispositifs pédagogiques rodés depuis des décennies, dont le socle est : « le projet communautaire participatif » et le « sociodrame initiatique ». Malgré la liberté inventive de JCM, ces concepts s’appuient profondément sur les auteurs d’outre-Atlantique (Paolo Freire et Jacob Levy Moreno) et sur l’expérience professionnelle communautaire expérimentée au Nicaragua1.

JCM part donc de son expérience de soignant à l’étranger dans des contextes de conflits (Nicaragua, Bosnie), dans le milieu associatif (Appartenances), et de son cabinet en libéral, pour aborder, avec des étudiants volontaires et souvent décontenancés au début, sa méthode iconoclaste visant à déconfiner les savoirs, à apprendre dans une pratique engagée, tout en dépistant les risques de hiérarchies construites par nos mondes sociaux. Les concepts originaux de « paroles précieuses », « reconnaissance mutuelle » déjà élaborés précédemment, jalonnent cette expérience pédagogique collective.

Le chapitre sur le jeu de rôle et le sociodrame initiatique, outre son intérêt palpitant, démontre la puissante capacité créatrice de JCM en toute circonstance et surtout les plus inédites.

Les parties co-écrites par les étudiant.es démontrent jusqu’au bout, le souci d’égalité, mais aussi l’imprégnation jusque dans les métaphores : « déconfinement en temps de confinement », « tout tient dans une tasse de café », « mettre de l’eau dans son vin », du sens du collectif et du partage.

C’est un manuel de résistance contre les passions tristes de notre époque et ses tendances managériales appauvrissantes.

Cet écrit est l’aboutissement d’une œuvre collective, en forme d’au revoir (il a dû prendre sa retraite et vivre le « deuil de soi ») et de transmission d’un cours tenu pendant 24 ans à l’Université de Lausanne intitulé « Santé et migration, santé et altérité ». La migration y est étudiée et expérimentée telle une métaphore (dans la suite dans son livre La migration comme métaphore, La dispute, 2011) de modification relationnelle vécue dans différentes expériences de rupture, ou bien de connaissance/reconnaissance de lieux et de personnes jusqu’à présent inconnus.

En fermant ce livre original et vivant, je n’ai qu’une seule envie : que tous nos enseignements s’inspirent de cette pédagogie communautaire participative. Un souffle salutaire pour notre époque, une inspiration joyeuse pour faire communauté.

  1. JCM a bien voulu nous en faire part dans l’interview donné à la revue L’autre et publié en 2025.  « Jean-Claude Métraux : l’ami précieux qui tisse avec l’altérité et le deuil ». Propos recueillis par Claire Mestre. (2025). L’autre, 26(1), 9-23.

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