Article original

© Ferdiand Reus, Congo pointe noire, mai 2008 Source (CC BY-SA 2.0)

L’utilisation de la notion de contre-transfert culturel en clinique

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Jeanne-Flore ROUCHON

Jeanne-Flore Rouchon est psychiatre, co-thérapeute de la consultation transculturelle d’Avicenne. AP-HP, Hôpital Avicenne, Service de psychopathologie de l’enfant, de l’adolescent, psychiatrie générale et adddictologie spécialisée, Bobigny.

Aymeric REYRE

Aymeric Reyre est psychiatre, responsable de l’Unité Fonctionnelle « Addictologie spécialisée de l’adulte, de l’adolescent et des parentalités » et cothérapeute à la consultation d’ethnosystémie, Service de psychopathologie de l’enfant, de l’adolescent, psychiatrie générale et adddictologie spécialisée, Hôpital Avicenne (AP-HP).

Olivier TAÏEB

Olivier Taïeb est psychiatre, service de psychopathologie de l’enfant, de l’adolescent, psychiatrie générale et adddictologie spécialisée, Hôpital Avicenne (AP-HP).

Marie Rose MORO

Marie Rose Moro est pédopsychiatre, professeure de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, cheffe de service de la Maison de Solenn – Maison des Adolescents, CESP, Inserm U1178, Université de Paris, APHP, Hôpital Cochin, directrice scientifique de la revue L’autre.

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Pour citer cet article :

Reyre A, Rouchon J-F, Taïeb O. L’utilisation de la notion de contre-transfert culturel en clinique. L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2009, volume 10, n° 1, pp. 80-89


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/articles-originaux/lutilisation-de-la-notion-de-contre-transfert-culturel-en-clinique/

L’utilisation de la notion de contre-transfert culturel en clinique

La notion de contre-transfert culturel souligne la dimension culturelle donc collective des réactions de contre-transfert. Ces réactions de contre-transfert culturel obligatoires et nécessaires ont des implications cliniques. Il est donc important que ces réactions soient identifiées puis élaborées si l’on ne veut pas faire violence au sujet en le niant dans les différentes composantes de son être et dans son histoire métissée. Pour cela, il est nécessaire d’être capable de se décentrer culturellement, ce qui est loin d’être évident. De manière plus générale, cette notion, au carrefour de l’individuel et du collectif, ouvre la question fondamentale de l’altérité et de son élaboration tant au niveau individuel que collectif.

Mots-clé : Contre-transfert, contre-transfert culturel, altérité, psychiatrie transculturelle, ethnopsychanalyse.

Mots clés :

Using the cultural counter-transference concept in clinical encounter

The notion of cultural counter-transference emphasize the cultural dimension therefore collective of counter-tranference‘s reactions. Those obligatory and necessary cultural counter-transference’s reactions have clinical involvements. Therefore, those reactions had to be identified then elaborated if we don’t want to do violence to the person denying herself in the different elements of his being and his interbreeding history. For that, it’s necessary to be able to culturally put oneself out of centre, what‘s really hard to do. More generally, this notion, at the parting of the individual and collective ways, open to the fundamental question of otherness and its elaboration, as well as in an individual level then in a collective one.

Keywords: Counter-transference, cultural counter-transference, otherness, transcultural psychiatry, ethnopsychoanalisis.

Keywords:

El uso del contra-transferencia cultural en relación terapèutica

La noción de contra-transferencia cultural hace hincapié la dimensión cultural pues colectiva de las reacciones de contra-transferencia. Esas reacciones, necesarias y obligatorias, tienen implicaciones clínicas. Pues, esas reacciones deben ser identificadas y elaboradas si no queremos hacer violencia al sujeto le negando en los diferentes componetes de su ser y de su historia mestiza. Para eso, es necesario estar capaz decentrarse culturalmente, lo que no se hace tan fácilmente. De manera más general, esa noción, al punto de confrontación del individual y del colectivo, abre el asunto fundamental de la alteridad y de su elaboración tan al nivel individual como colectivo.

Palabras claves : Contra-transferencia, contra-transferencia cultural, alteridad, psiquiatría transcultural, etnopsicoanálysis.

Palabras claves:

Initialement décrits et définis par Freud, transfert et contre-transfert sont des concepts fondamentaux de la théorie psychanalytique. La notion de contre-transfert culturel, proposée secondairement par Devereux (1967) nous semble particulièrement féconde pour la clinique en situation transculturelle. Nous nous proposons de rappeler la genèse de ces concepts, et de montrer à travers l’analyse d’une situation clinique, comment l’analyse du contre-transfert culturel peut constituer un moteur du soin.

Genèse du contre-transfert

Dans sa petite enfance, tout un chacun élabore, à partir des relations réelles et fantasmatiques qu’il entretient avec son entourage familial, des sortes de prototypes inconscients de personnages : ce sont les imagos. Ces prototypes, propres à chacun de nous, influencent la manière dont nous appréhendons, entrons en relation et réagissons à autrui. En psychanalyse, le phénomène de transfert se reconnaît dans la tendance qu’a le patient à réagir avec l’analyste comme si celui-ci était un personnage important de son histoire. Autrement dit, dans la théorie psychanalytique « classique », les réactions transférentielles y sont considérées comme étant les manifestations de la relation refoulée que le patient entretient avec ses imagos. À l’inverse, le contre-transfert y est communément défini comme étant l’ensemble des réactions inconscientes du thérapeute à son patient. Cependant, du fait de son analyse personnelle et de sa formation, l’analyste doit être en capacité de prendre conscience et d’élaborer le transfert qu’il est susceptible d’opérer sur la personne de son patient. L’émergence des réactions contre-transférentielles est liée d’une part à des éléments propres au patient (son transfert, sa personnalité, son histoire, etc.), de l’autre à des éléments propres au thérapeute. Ces derniers, indépendants du patient, sont déterminés par des facteurs aussi divers que le fonctionnement psychique du thérapeute, son sexe, ses représentations, ses attentes quant au processus thérapeutique, son histoire analytique, ses théories, etc. Ils constituent la part stable du contre-transfert souvent nommé « pré-contre-transfert » : c’est-à-dire le contre-transfert du thérapeute présent avant que la rencontre thérapeutique n’ait lieu. Notons que les différentes représentations et constructions fantasmatiques qui peuvent émerger chez le thérapeute à propos du patient avant sa rencontre (par exemple, du fait de la consonance du nom du patient ou des éléments transmis par le collègue qui l’adresse), sont également des éléments qui appartiennent au « pré-contre-transfert ». Enfin, la clinique du contre-transfert nous apprend que les réactions contre-transférentielles émergent bien sûr sous forme d’affects (honte, culpabilité, pitié, etc.) mais aussi sous forme de représentations, de rêves, de stratégies cognitives, de comportements, voire de manière psychosomatique (réactions allergiques, fatigue inexpliquée, etc.) (De Uturbey 1994). Autrement dit, les motivations des réactions contre-transférentielles ont beau être inconscientes, certaines de ces réactions, parce qu’elles émergent à la conscience du thérapeute, sont observables par lui-même en lui même.

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