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Au-delà de l’aller-retour

Bifurcations, circulations et transactions du doctorant subsaharien en Europe


Éric ESSONO TSIMI

Éric Essono Tsimi est enseignant-chercheur à The City University of New York, Baruch College, et membre associé au LARPsyDIS (Laboratoire de recherche en psychologie des dynamiques intra- et intersubjectives) hébergé par l'Université de Lausanne.

Bolzman, C., & Guissé, I. (2017). Étudiants du «Sud» en Suisse romande: de la précarité lors des études aux risques de brain waste dans le cadre de la mobilité internationale. Journal of international Mobility, 1, 133-156.

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Havercroft, B. (1999). Quand écrire, c’est agir : stratégies narratives d’agentivité féministe. Dalhousie French Studies, 47, 93-113.

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Toma, S., & Castagnone, E. (2015). What drives onward mobility within Europe? The case of Senegalese migrations between France, Italy and Spain. Population, 70(1), 65-95.

Pour citer cet article :

Repéré à https://revuelautre.com/articles-originaux/au-dela-de-laller-retour/ - Revue L’autre ISSN 2259-4566

Lien vers cet article : https://revuelautre.com/articles-originaux/au-dela-de-laller-retour/

Au-delà de l’aller-retour: bifurcations, circulations et transactions du doctorant d’Afrique subsaharienne en Europe

Cet article s’inspire de l’approche intersectionnelle pour réaliser une analyse des difficultés rencontrées par les doctorants d’Afrique subsaharienne lors de leur mobilité en Europe. Il explore la manière dont l’origine, la couleur du passeport et les contraintes réglementaires influencent les expériences de recherche de ces étudiants. En proposant une analyse biographique, l’auteur examine les conséquences de la mobilité réduite des doctorants subsahariens. Les résultats suggèrent que les barrières de classe, de race et administratives ont un impact lourd sur cette population étudiante.

Mots clés : Afrique, chercheur, enseignement supérieur, États-Unis, étranger, étudiant, Europe, formalité administrative, migration, mobilité professionnelle, sociologie.

Beyond the return ticket: the junctions, movements and transactions of Sub-Saharan PhD students

This paper is based on an intersectional approach to provide first-hand insights into a burgeoning problem for sub-Saharan doctoral candidates seeking to move around Europe. It explores the ways in which origin, nationality, and the on-campus regulatory environment, influence African students’ research experiences. By way of a biographical approach, the author examines how reduced mobility affects these doctoral students. The results suggest that class, racial and administrative barriers carry considerable weight on this student population.

Keywords: administrative formality, Africa, Europe, foreigner, higher education, migration, professional mobility, researcher, sociology, student, USA.

Más allá del viaje de ida y vuelta: bifurcaciones, movimientos y transacciones del estudiante de doctorado del África subsahariana en Europa

Este artículo se basa en el enfoque interseccional para realizar un análisis de las dificultades encontradas por los estudiantes de doctorado del África subsahariana durante su movilidad en Europa. Explora cómo el origen, el color del pasaporte y las restricciones regulatorias influyen en las experiencias de investigación de estos estudiantes. Al ofrecer un análisis biográfico, el autor examina las consecuencias de la movilidad reducida de los estudiantes de doctorado subsaharianos. Los resultados sugieren que las barreras de clase, raza y administrativas tienen un fuerte impacto en esta población estudiantil.

Palabras claves: Africa, educación superior, Estados Unidos, estudiante, Europa, extranjero, investigador, migración, movilidad profesional, sociología, trámite administrativo.

Suite à une thèse de doctorat soutenue en 2017 et consacrée aux processus psychosociaux et aux dynamiques migratoires des écrivains afrodiasporiques, tous arrivés en Europe comme étudiants, nous nous étions penchés sur la question des aspirations de mobilité circulaire non satisfaites des étudiants détenteurs de passeports africains affiliés à des universités européennes ou américaines1.

S’agissant de la mobilité des étudiants et jeunes chercheurs africains en Europe, elle a souvent été étudiée du point de vue des obstacles administratifs (visas) et matériels (financements, bourses) qui se posaient à eux à partir des pays d’origine ou de citoyenneté. Un constat partagé par Terrier (2009) ainsi que par Toma & Castagnone (2015) qui estiment que « La mobilité circulaire est un phénomène relativement peu étudié qui remet en cause l’idée que la migration est un événement unique, menant à une installation permanente dans le pays de destination » (p. 65).

En fait de mobilité, c’est toute la question de l’agentivité individuelle des étudiants internationaux africains qui est abordée dans cette contribution : la première condition d’accès aux nombreuses ressources du milieu académique et aux opportunités mises au concours, sans distinction d’origine ou de nationalité2, est une liberté de mouvement dont ces étudiants du Sud sont privés de facto. Cet intérêt pour les étudiants et étudiantes subsahariens va aller en s’accroissant compte tenu de l’explosion démographique qui vient. Dans leur article, trois chercheurs africains ont démontré, en mobilisant une approche intersectionnelle, que les étudiants internationaux venus d’Afrique ont davantage de difficultés aux États-Unis que des étudiants étrangers venus d’autres régions (Mwangi et al., 2019). Parce que ces étudiants sont considérés comme des minorités raciales ou ethniques aux États-Unis (il ne suffit pas d’être noir, encore faut-il avoir le bon accent) et sont donc exposés au racisme, au tribalisme et au nativisme, en sus des discriminations structurelles soulevées tout le long de cette réflexion. Le phénomène qu’ils décrivent ne se limite pas aux États-Unis. Nous démontrons que les systèmes structurels (voir figure en annexe) affectent l’expérience académique et sociale des étudiants subsahariens des cycles supérieurs en Europe autant qu’aux États-Unis. À la différence, cependant, de leur article qui s’appesantit sur ce que nous considérons être le coût social de l’origine, mais aussi sur l’adaptation malaisée aux sociétés d’accueil et sur l’agentivité (le concept n’est pas revendiqué dans leur article, mais structure le texte suivant que nous citons) des étudiantes et étudiants confrontés à un « positionnement social négatif », la focale ici est mise sur le chemin de ronces de l’expérience « mobilitaire ». L’intersectionnalité mais aussi, en retour, l’agentivité au sein de campus transnationaux et la résistance à la marginalisation sont, par ailleurs, articulées dans une recherche qui traite de ces questions (Malcolm & Mendoza, 2014).

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  1. Par mobilité circulaire, on entend la fin du phénomène (et de la peur) du non-retour. Cette mobilité désigne les mouvements de personnes ne visant pas à s’installer définitivement dans leur lieu de destination. Il s’agit donc de flux temporaires qui s’opposent aux migrations unidirectionnelles ou définitives.
  2. Origine, citoyenneté et nationalité sont employés indifféremment, mais l’usage de ces termes dans les entretiens menés révèle des connotations distinctes. « Origine » fait plus naturellement référence à la géographie, à l’Afrique, « citoyenneté » à un privilège, au doctorant européen, « nationalité » à la qualification du passeport de l’étudiant du Sud.


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