Article de dossier

© Héloïse Marichez Source D.G.

L’échographie obstétricale : rite médical ou rituel séculier de passage ?


Sylvain MISSONNIER

Sylvain Missonnier est professeur de psychologie clinique de la périnatalité à l’Université Paris Descartes Sorbonne Paris Cité, Directeur du Laboratoire de Psychologie Clinique, Psychopathologie, Psychanalyse (EA 4056), psychanalyste SPP, Président de l’Institut du Virtuel Seine Ouest (IVSO).

Atlan H. L’utérus artificiel. Paris : Seuil ; 2005.

Bergeret J, Houser M. Le fœtus dans notre inconscient. Paris : Dunod ; 2004.

Bergeret J, Soulé M.. Anthropologie du fœtus, Paris : Dunod ; 2006.

Boltanski L. La condition fœtale. Une sociologie de l’engendrement et de l’avortement. Paris : Gallimard ; 2004.

Bonte P, Izard M. Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie. Paris : PUF ; 1991.

Boyer JP, Porret Ph. L’échographie obstétricale: premières remarques à propos d’un changement épistémologique. Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence 1987, 35, 8-9 : p 326.

Camara NA. Représentations de l’enfant dans la psyché maternelle à travers les productions oniriques et les images échographiques: comparaison interculturelle. Thèse de doctorat de Psychopathologie, sous la direction de F. Pommier, Université Paris Descartes, 2007.

Camara NA, Pommier F. Le rêve: paradigme de l’ambivalence du désir d’enfant… et de la rencontre interculturelle, Cliniques méditerranéennes 2013 ; 87 : 203-220.

Carel A. Transfert et périnatalité psychique : la fonction alpha à l’épreuve de la naissance. Gruppo, 1988 ; 4.

Dormois I. & Robin D. Décompensation psychiques au décours d’investigation échographique obstétricale. Communication au 38 ème congrès de la Société de psychologie médicale de Langue Française, Angers, 15 et 16 Septembre 1995.

Egullion C. L’arbre à palabre, un groupe de mères en maternité. Vocation Sage-femme 2009 ; 8(69) : 12-14.

Freud S. L’inquiétante étrangeté. In : Essais de psychanalyse appliquée. Paris : Gallimard ; 1976.

Govindama Y. Temps et rites de passage. Naissance, enfance, culture et religion. Paris : Karthala ; 2018.

Kaës R. Les théories psychanalytiques du groupe. Paris : P.U.F. ; 1999.

Lévi-Strauss C. L’efficacité symbolique. Revue de l’histoire des religions 1949, 135(1) : 5-27.

Maisonnneuve J. Les conduites rituelles. Paris: P.U.F., 1988, p. 64.

Milner M. The role of illusion in symbol formation. In Klein M, Heimann P, Money-Kyrle RE, editors. New Directions in Psycho-analysis. London: Maresfield; 1977. 82-108.

Missonnier S. Le fantasme originaire de retour dans le ventre maternel et la séparation. In Missonnier S, Bouhsira J, editors. L’originaire et l’archaïque. Paris : P.U.F. ; 2017. p.115-133.

Missonnier S, Lisandre H. Le virtuel : la présence de l’absence, Paris : EDK ; 2003.

Le Poulichet S. Psychanalyse de l’informe. Paris: Aubier ; 2002.

Rochette-Guglielmi J. Rituels et mise au monde psychique: les nouvelles présentations au Temple. Toulouse : Eres ; 2002.

Rossigneux-Delage P. Grossesse et haptonomie. In Missonnier S, Golse B, Soulé M, editors. La grossesse, l’enfant virtuel et la parentalité. Éléments de psycho(patho)logie périnatale. Paris : PUF ; 2004.

Soubieux MJ, Soulé M, Gourand L, Missonnier S. Écoute voir… L’échographie de la grossesse. Les enjeux de la relation. Toulouse : Éres ; 1999.

Soulé M, Begoin-Guignard F. Introduction à la psychiatrie fœtale. Paris : ESF ; 1992.

Quirot B. Du bébé entre ethnologie et psychanalyse : un «passionnant » objet anthropologique. La psychiatrie de l’enfant 2016 ; 59(2) : 459-474. https://doi.org/10.3917/psye.592.0459

Van Gennep A. Les rites de passage. Paris : Picard ; 1981.

Vlachopoulou X, Missonnier S. Psychologie des écrans, Paris : P.U.F. ; 2015.

Winnicott D. La préoccupation maternelle primaire. In : De la pédiatrie à la psychanalyse. Paris : Payot ; 1969.

Pour citer cet article :

Missonnier S. ’échographie obstétricale : rite médical ou rituel séculier de passage ? L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2019, volume 20, n°3, pp. 272-281


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/articles-dossier/lechographie-obstetricale-rite-medical-ou-rituel-seculier-de-passage%e2%80%84/

L’échographie obstétricale : rite médical ou rituel séculier de passage ?

L’hypothèse de ce travail est la suivante : dans les pays industrialisés, l’échographie obstétricale est aujourd’hui un espace-temps de rencontre qui oscille entre rite obsessionnel aliénant tel qu’on l’entend en psychanalyse et rituel séculier créatif de passage à la parentalité tel qu’on pourrait l’envisager en anthropologie. Elle découle d’une étude interdisciplinaire sur le cadre échographique à la maternité de Versailles (dans la région parisienne) qui a montré que les échographies obstétricales constituent un espace potentiel de prévention médico-psycho-sociale primaire et secondaire «tout venant ». L’analyse montre que pour que l’échographie obstétricale devienne un rituel et n’en reste pas au rite obsessionnel, il est nécessaire que le vécu du rituel soit l’objet d’une symbolisation commune entre parents et professionnels, condition d’une «efficacité symbolique ». La diversité des dispositifs individuels, conjugaux et collectifs de préparation à la naissance et à la parentalité peuvent ainsi y contribuer. Mais pour cela, les animateurs de ces dispositifs doivent prendre en compte la conflictualité latente entre la médicalisation de la transparence de la grossesse et les rites de protection du fœtus de la mère dans sa culture d’appartenance. Le rêve et son récit peuvent occuper, dans ce contexte, un espace de médiation interculturel de choix. Enfin, les professionnels soutenant les aménagements subjectifs parentaux au profit d’une ritualisation de l’échographie obstétricale, doivent bénéficier d’un espace de réflexion où les attentes, la dynamique psychique et les référentiels culturels de chacun des acteurs en présence seront l’objet d’une réflexivité partagée. En l’état, ce statut d’une échographie obstétricale répondant aux caractéristiques d’un rituel séculier est donc à envisager comme un objectif collectif à atteindre.

Mots clés : anthropologie, culture, diagnostic prénatal, echographie, migrant, périnatalité, rite, trouble obsessionnel compulsif.

Obstetrical ultrasound: a medical ritual or a secular ritual of passage?

The working hypothesis is the following: in industrialized countries, obstetrical ultrasounds nowadays are meeting spaces which oscillate between alienating obsessive rituals as perceived in psychoanalysis and a creative secular ritual of passage towards parenthood as envisioned by anthropology. This interdisciplinary study is based on the ultrasound environment at the Versailles maternity ward (in the Paris region) which demonstrates that obstetrical ultrasounds make up a potential “open to everybody” primary and secondary medical psycho social prevention space. The analysis shows that in order for obstetrical ultrasounds to become a ritual it is necessary that the experience of the ritual be subject to a joint symbolization between parents and professionals; the condition of “symbolic effectiveness”. The diversity of individual, marital and collective provisions to prepare for the birth and parenthood can contribute to the condition. To do so, the presenters of these procedures must take into account the latent conflict between the medicalization of pregnancy transparency and the mother’s fetus protection rituals in her community of affiliation. The dream and its story telling can thus be part of a prime intercultural mediation space. Finally, professionals supporting subjective parental arrangements in view of ritualizing obstetrical ultrasounds must have a space for reflection where expectations, psychological dynamics and cultural references of each party can be part of a shared reflexivity. As it stands, this status of obstetrical ultrasounds responds to the characteristics of a secular ritual and is thus envisioned as a collective goal to be reached.

Keywords: anthropology, compulsive obsessional disorder, culture, migrant, perinatality, prenatal diagnosis, ritual, ultrasound.

La ecografía obstétrica: ¿ritual médico o ritual secular de pasaje?

La hipótesis de este trabajo es la siguiente: en los países industrializados, la ecografía obstétrica se ha convertido en un elemento espacio-temporal de encuentro que oscila entre un ritual obsesivo alienante, tal como lo entendemos en psicoanálisis, y un ritual secular creador de pasaje a la paternidad, como se podría considerar en antropología. Esta hipótesis deriva de un estudio interdisciplinario sobre el ultrasonido en la maternidad de Versailles (en la región de París), que demostró que la ecografía obstétrica es un dispositivo potencialmente preventivo médico-psicosocial, a nivel primario y secundario para una pacientela regular. El análisis muestra que para que la ecografía obstétrica se convierta en un ritual y no sea solamente un ritual obsesivo, es necesario que la experiencia del ritual sea el objeto de una simbolización común entre padres y profesionales, condición necesaria para la «eficicacia simbólica «. La diversidad de dispositivos individuales, conyugales y colectivos de preparación al nacimiento y a la paternidad puede contribuir a la ritualización. Por esta razón, los animadores de estos dispositivos deben tener en cuenta la conflictividad latente entre la medicalización de la transparencia del embarazo y los rituales de protección del feto de la madre en cada cultura. El sueño y su posterior narración pueden ocupar en este contexto un espacio privilegiado de mediación intercultural. Finalmente, los profesionales que accompañan la subjetivización parental en favor de una ritualización de la ecografía obstétrica, deberían contar con un espacio de reflexión donde las expectativas, la dinámica psíquica y las referencias culturales de cada uno de los actores involucrados se compartan de manera reflexiva. Deberia considerarse el ultrasonido obstétrico, como ritual secular, un objetivo colectivo a alcanzar.

Palabras claves: antropología, cultura, diagnóstico prenatal, ecografía, migrante, perinatalidad, ritual, trastorno obsesivo compulsivo.

Je souhaite envisager le fleuron du diagnostic anténatal (DA) : l’échographie obstétricale (EO). Mon hypothèse est la suivante : dans les pays industrialisés, l’EO est aujourd’hui un espace-temps de rencontre qui oscille entre rite obsessionnel aliénant tel qu’on l’entend en psychanalyse et rituel séculier créatif de passage à la parentalité tel qu’on pourrait l’envisager en anthropologie.

Sous une apparence trompeuse et anodine, le DA invite ses usagers à s’interroger sur les limites de l’humain. Plus précisément, il conduit à explorer ce qu’il y a de virtuellement humain chez l’embryon puis le fœtus qui peuvent, certes, naître humain à l’issue de la grossesse, mais aussi, basculer à tout moment dans l’informe, la monstruosité ou encore la mort spontanée et, parfois, imposée suite à une interruption médicale de grossesse. Cette véritable précarité ontologique de « l’enfant virtuel » de la grossesse est trop souvent masquée par une médicalisation de la grossesse triomphante et scientiste, qui banalise et musèle la subjectivation du DA tant pour les soignés que pour les soignants.

Cette stratégie de la standardisation confine au néocolonialisme médical quand elle fait violemment irruption dans le parcours de migrants, dont l’enveloppe culturelle d’appartenance est en conflit avec cette exploration du ventre maternel et, plus précisément, avec sa transparence imposée lors des EO. C’est d’ailleurs sur cet examen, que je vais me concentrer ici.

 L'accès à cet article est réservé aux abonnés.


Connectez-vous pour accéder au contenu ou abonnez-vous en cliquant ici !

Inscrivez-vous
à notre newsletter

Abonnez-vous à notre liste de diffusion
et recevez des nouvelles de la revue L'autre directement dans votre boîte email.

Merci pour votre inscription !