Article de dossier

© photo du film Mooladé, Ciné-sud Promotion - Les Films du Paradoxe. Source D.G.

Mutilations sexuelles féminines

Approche anthropologique psychanalytique


Mathilde FOURNIER

Mathilde Fournier est psychiatre à la maison des adolescents de l’hôpital Cochin, groupe hospitalier Cochin – Saint Vincent de Paul (AP-HP), 97 bd Port-Royal, 75679 Paris cedex 14.

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Pour citer cet article :

Fournier M. Mutilations sexuelles féminines. Approche anthropologique psychanalytique. L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2011, volume 12, n°1, pp. 55-67


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/articles-dossier/mutilations-sexuelles-feminines/

Mutilations sexuelles féminines. Approche anthropologique psychanalytique

Les Mutilations Sexuelles Féminines (MSF) touchent 150 millions de femmes dans le monde et 3 millions de fillettes chaque année. Les continents africain, asiatique, Moyen-Orient, Australie, Amérique du Nord et Europe sont concernés. 15 % sont des infibulations, excisions élargies. Ces coutumes furent propres, depuis des temps immémoriaux, à l’Afrique Nord orientale, les pharaons y avaient recours. Le Coran ne mentionne pas ces pratiques. Les pays industrialisés les ont classés au rang de crime. Les MSF étaient justifiées pour des raisons esthétiques et morales, suivant des croyances, modèles maternels, mythe et légendes. Les filles mutilées, victimes d’une castration réalisée, re-prochent à leur mère violence et emprise du fait de la répression sexuelle infantile et des douleurs infligées. Les MSF ne font pas toujours partie des rites d’initiation dont certains vont dans le sens d’une vie sexuelle plus agréable. Marie Bonaparte a soutenu l’idée que pas plus les intimidations psychiques que les mutilations physiques sanglantes ne changeraient l’orientation sexuelle qui est constitutionnelle. Les cas de frigidité totale traumatique peuvent être influencés ensuite par le cours de la vie. Les demandes de réparations chirurgicales doivent tenir compte de la dimension psychique et culturelle du traumatisme, mais aussi de l’abord psychique, culturel et imaginaire nécessaire à l’investissement de la sexualité.

Mots clés : Afrique, anthropologie, Asie, Australie, Bonaparte Marie, Canada, chirurgie, États-Unis, Europe, excision, histoire, Moyen-Orient, mutilation sexuelle, psychanalyse, rite, sexualité féminine.

Female genital mutilations: a psychoanalytical anthropological approach

Female Genital Mutilations (FGM) affect 150 million women all over the world, and three million young girls each year. FGM are spread over Africa, Asia, Middle East, Australia, North America and Western Europe. 15 % of FGM, called infibulations are widened excisions. Surprisingly these ancient customs originated in North East Africa, have existed since the time of the Pharaohs and the Koran has no mention of them. WHO’s guidelines insist on abolishing these practices and Western countries are willing to criminalize them. These customs were based on esthetical and moral reasons, following ancient and maternal patterns, and myths. Because of repressed child sexuality and recurrent pains, young girls suffering from FGM blame their mothers for both maternal violence and ascendancy. These teenage girls are victims of complete castration. Rites of initiation do not always include FGM as the purpose of some of these rites is to improve the future sexual life. The suffering of boys and girls caused by these rituals is different. Marie Bonaparte’s idea was to compare psychic intimidations to physical bloody mutilations. To her, the result in sexuality is the same, they don’t fundamentally change sexual orientation and the final sexuality of women. And cases which appear as total frigidity are reversible depending on life circumstances. Surgical clitoral repair in Adulthood is a sensitive subject. Besides taking care of the psychological and cultural aspects of traumatism, surgeons should also consider the cultural, emotional and fantasy sides necessary to psycho-sexual investment.

Keywords: Africa, anthropology, Asia, Australia, Bonaparte Marie, Canada, Europe, excision, female sexuality, history/story, Middle East, psychoanalysis, rituals, sexual mutilation, surgery, USA.

Las mutilaciones sexuales femeninas: enfoque antropológico psicoanalítico

Las Mutilaciones Sexuales Femeninas (MSF) involucran a 150 millones de mujeres en el mundo y a 3 millones de niñas cada año. Conciernen a los continentes africano, asiático y europeo, el medio oriente, Australia y norteamérica. El 15 % corresponde a las llamadas infibulaciones, excisiones ampliadas. Estas costumbres fueron propias a África Nororiental desde tiempos inmemoriales, los faraones ya hacían uso de ellas. El Corán no hace mención de estas prácticas. Los países industrializados los clasifican como crímenes. Las MSF eran justificadas por razones estéticas y morales, de acuerdo a creencias, modelos maternos, mitos y leyendas. Las niñas mutiladas, víctimas de castración, reprochan a su madre la violencia y la dominación bajo la que se encuentran, debido a la represión sexual infantil y a los dolores impuestos. Las MSF no siempre son parte de rituales iniciáticos, algunos de los cuales están ligados a una vida sexual más agradable. Marie Bonaparte sostuvo que ni las intimidaciones psíquicas ni las mutilaciones físicas podrían modificar la orientación sexual, la cual es constitucional. Los casos de frigidez total traumática pueden estar influenciados posteriormente por el curso de la vida. Las solicitudes de reparaciones quirúrgicas deben considerar tanto las dimensiones psíquicas y culturales del traumatismo, así como las aproximaciones psíquicas, culturales e imaginarias necesarias para el desarrollo pleno de la sexualidad.

Palabras claves: ablación del clítoris, Africa, antropología, Asia, Australia, Bonaparte Marie, Canadá, cirugía, Estados Unidos, Europa, historia, Medio Oriente, mutilación sexual, psicoanálisis, rito, sexualidad femenina.

Les Mutilations Sexuelles Féminines (MSF) restent au cœur des préoccupations actuelles du fait de la demande croissante de réparation, notamment chirurgicale, par les femmes mutilées à travers le monde.

Le terme MSF, déjà employé vers la fin des années 1970, a été adopté en 1990 à la 3e conférence du Comité Inter-Africain sur les pratiques traditionnelles néfastes affectant la santé des femmes et des enfants (Addis Abeba), puis recommandé à partir de 1991 par l’OMS. Depuis 2008, MSF est l’expression unique que toutes les institutions des Nations-Unies sont convenues d’utiliser compte tenu de sa signification en tant qu’outil de sensibilisation (OMS 2008), remplaçant ainsi les appellations très controversées « mutilation rituelle » et « circoncision féminine ». Ce phénomène, cité par Montaigne comme une « des pires bizarreries des mœurs humaines », paraît très obscur par sa cruauté et son ampleur, mais s’éclaircit quelque peu dès qu’on s’intéresse à son histoire. Les découvertes anthropologiques (fin XIXe – début XXe siècle) se sont penchées sur les origines de ces traditions et les psychanalystes qui s’intéressent aux rites se sont appuyés sur le travail des anthropologues pour tenter d’en saisir les significations.

Nous voulons rendre ici hommage à Marie Bonaparte, psychanalyste française pionnière et élève de Freud, qui a relaté son expérience sur l’excision, grâce à ses nombreux voyages à travers l’Afrique. Elle y rencontra explorateurs, ethnologues, qui avaient découvert ces pratiques surprenantes. Elle bénéficia des confidences qui lui ont été plus facilement livrées, en tant que femme, par des patientes excisées (Bonaparte- 1948). De plus, son écoute a été probablement facilitée par son histoire personnelle puisqu’elle-même aurait eu recours à la chirurgie clitoridienne (Narjani 1924).

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