Article de dossier

© Michèle Fièloux, Autel lobi de Sib Tadyalté : berceau avec nouveau-né, enseigne d’un guérisseur spécialiste du traitement des enfants revenants Source D.G.

L’enfant qui part et qui revient (Pays lobi. Burkina Faso)


Dossier : Morts ou vifs

Michèle FIÉLOUX

Michèle Fiéloux est anthropologue et réalisatrice au Laboratoire d’Anthropologie sociale (CNRS), Collège de France, 52 rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris.

Bonnet D. L’éternel retour ou le destin singulier de l’enfant. L’Homme 1994; 131: 93-110

Ferenczi S (1929) L’enfant mal accueilli et sa pulsion de mort. In: Psychanalyse IV. Paris: Payot; 1982.

Goody J. Death, Property and the Ancestors. A study of the Mortuary Customs of the LoDagaa of West Africa. London: Tavistock Publications; 1962.

Héritier F. Une pensée en mouvement. Paris: Odile Jacob; 2009.

Journet-Diallo O. – Les créances de la terre. Chroniques du pays jamaat (Joola de Guinée-Bissau). Paris: École des hautes études; 2007.

Lallemand S. Le bébé-ancêtre mossi. In: Systèmes de signes. Paris. Hermann; 1978. p. 307-316.

Teixeira M. Un rituel d’humanisation des nourrissons, le kabuatã manjak. (Guinée-Bissau/Sénégal) Journal des Africanistes 2001; 71: 7-31.

Zempléni A, Rabain J. L’enfant Nit Ku Bon: un tableau psychopathologique traditionnel chez les Wolof et Lebou du Sénégal. Psychopathologie africaine 1965; 1 (3): 329-441.

Vidéographie

Fiéloux M, Lombard J. «A visage découvert» 2009; 58’. Accessible à: vimeo.com/29154893

Fiéloux M, Lombard J. «Le voyage de Sib» 2011; 60’. Accessible à: vimeo.com/28159740

Pour citer cet article :

Fiéloux M. L’enfant qui part et qui revient. L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2018, volume 19, n°3. pp. 284-290


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/articles-dossier/lenfant-qui-part-et-qui-revient-pays-lobi-burkina-faso/

«L’enfant qui part et qui revient» (Pays lobi. Burkina Faso)

Dans une perspective comparative, nous traiterons des processus lobi (Burkina Faso) d’identification d’un «enfant qui part et qui revient» ainsi que des modes de comportement particulièrement ambivalents des proches qui tentent de lui enlever l’envie de mourir en lui faisant subir des épreuves qui constituent de véritables menaces de mort et de lui donner le désir de rester parmi les humains qui l’accueillent. Nous retiendrons tout particulièrement la notion d’accueil reprise dans différents travaux, étant entendu que «l’enfant mal accueilli» serait enclin à repartir dans l’autre monde.

Mots clés : Afrique, Burkina Faso, croyance, enfant mort, enfant singulier, Lobi, nourrisson, rite, société traditionnelle.

The child who leaves and returns” (country Lobi, Burkina Faso)

In a comparative perspective, we will address the Lobi identification process of “a child who leaves and returns” as well as patterns of particularly ambivalent behaviors of relatives who attempt to take away his wish to die by subjecting him to different tests that constitue real threats of death and by arousing in him the desire to stay within the humans that welcome him.  We will outline particularly the foster care concepts taken from different works, given that “an unwelcome child” shall be inclined to return to the other world.

Keywords: Africa, belief, Burkina Faso, dead child, Lobi, new born, off child, rite, traditional society.

“El niño que se va y vuelve” (País lobi. Burkina Faso)

En una perspectiva comparativa, trataremos el tema de los procesos de identificación de un “niño que se va y vuelve”, por parte del pueblo lobi de Burkina Faso, así como los patrones de comportamiento particularmente ambivalentes de los parientes que intentan quitarle el deseo de morir, y al mismo tiempo, restituir el deseo de quedarse con las personas que lo acogen, sometiéndolo a desafíos que son verdaderas amenazas de muerte. La noción de acogida, tratada en diferentes trabajos, será retenida con una atención particular, entendiendo que “el niño no deseado” estaría inclinado a regresar al otro mundo.

Palabras claves: Africa, Burkina Faso, creencia, lactante, Lobi, niño muerto, niño singular, rito, sociedad tradicional.

« Mon premier enfant était mort-né. C’était un garçon. On ne pouvait pas savoir si c’était ou non un « enfant qui part et qui revient », bikimbir, puisque c’était le premier. Le deuxième était un garçon. J’ai su qu’il en était un parce qu’il a été malade aussitôt né. On l’a amené chez un guérisseur. Je l’ai appelé Sansan, prénom attribué au second fils d’une femme, mais j’aurais dû l’appeler Sié comme le précédent puisqu’il lui ressemblait tant. J’ai cru que je ne survivrai pas à l’accouchement. Un bikimbir revient pour tuer sa mère. Le troisième était mort-né, le quatrième et le cinquième aussi. Ensuite j’ai fait deux fausses-couches. La huitième fois, j’ai eu un enfant ».

 

Ce récit enregistré en 1996 chez les lobi du Burkina Faso fait ressortir un autre aspect de la relation entre vivants et morts. Il ne s’agit pas ici du traitement d’un mort reconnu comme tel mais plutôt d’un mort qui n’en est pas tout à fait un puisqu’il peut décider du moment de sa mort et de celui de son retour dans le monde des vivants. S’il décide de mourir, ce sera in utero ou peu de temps après sa naissance. Il est connu sous l’appellation « l’enfant qui part et qui revient » ou « celui qui s’en retourne ». Parfois, on le surnomme « celui qui fatigue sa mère » tant il porte atteinte à sa vie, « comme s’il avait l’intention de la tuer », compte tenu des risques élevés de mortalité maternelle. De plus, la perte successive d’enfants compromet la survie du lignage.

Comme cela a déjà été déjà souligné, l’idée « du même enfant qui revient » est commune à plusieurs sociétés de l’Afrique de l’Ouest1 et a fait l’objet de différentes études anthropologiques, concernant notamment les traitements très spécialisés, parfois de très longue durée, réservés, selon les cas, à l’enfant vif ou mort, à la dyade mère/enfant ou bien à la femme inféconde en mal d’enfants2.

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  1. D. Bonnet (1994 :94) cite notamment les sociétés Bambara, Wolof, Lebou, Sereer, Evhé, Yoruba, et bien sûr, les Moose du Burkina Faso où elle a mené un travail sur « l’éternel retour ou le destin singulier de l’enfant ».
  2. Signalons parmi les travaux anthropologiques concernant les rituels thérapeutiques de préservation de la descendance, O. Journet (1991 ; 2007) et M. Teixera, 2001.
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