Article de dossier

© Robert Couse-Baker, them and us, 29 juin 2013. Source (CC BY 2.0)

La fabrication des rêves, processus individuel et collectif ?


Dossier : 

Dan SCHURMANS

Dan SCHURMANS est psychiatre, Dispositif TABANE, 510 rue Saint-Léonard, B 4000 Liège.

Ferenczi S. A qui raconte-t-on ses rêves ? 1913. In : Œuvres Complètes II. Paris : Payot ; 1970.

Freud S. (1900) L’Interprétation du rêve. Paris : Payot ; 2010.

Laplanche J. Sexual. La sexualité élargie au sens freudien. Paris : PUF ; 2007.

Laplanche J, Pontalis JB. Vocabulaire de la psychanalyse. Paris : PUF ; 1968.

Pierre D. Comment la souffrance se dit en rêve. Paris : PUF ; 2012.

Pour citer cet article :

Scrutants D. La fabrication des rêves, processus individuel et collectif ? L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2014, vol. 15, n°3, pp. 292-301


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/articles-dossier/la-fabrication-des-reves-processus-individuel-et-collectif/

La fabrication des rêves, processus individuel et collectif ?

Quand une personne équilibrée dit qu’elle a fait un rêve prémonitoire, et que dans sa culture ce type de rêves est fréquent, qu’est-ce que cela signifie quant au processus psychique qui a produit le rêve ? Le contexte collectif influence-t-il le contenu et la signification des rêves ? Pour la tradition populaire, il existe une intentionnalité propre au rêve, une tendance à se faire réalité, et cette tendance se renforce du récit qu’on en fait. En outre, le rêveur se trouve, au moment où il rêve, et du fait de son rêve, dans un état de vulnérabilité par rapport aux intentions malveillantes d’autrui. Là aussi, le récit, la mise en mots, aggrave le problème. Je propose d’examiner ces assertions, en mettant entre parenthèses l’idée a priori que nous pourrions en avoir, et ensuite de nous demander s’il existe, entre les théories populaires et les théories psychanalytiques, des relations d’opposition ou de complémentarité. Ce travail, basé sur la clinique avec les migrants, montre que la construction des rêves est polysémique, et que l’interprétation doit être adaptée aux besoins du patient. Il met en évidence que les rêves forment souvent une séquence qui traduit la recherche prospective d’une solution destinale.

Mots clés : élaboration psychique, ethnopsychanalyse, interprétation des rêves, représentation sociale, rêve.

The construction of dreams : an individual and collective process?

When a well-balanced person says she had a premonitory dream, and that this kind of dream is frequent in her culture, what does it say about the psychological process that produced the dream? Will collective context have influenced the content and the meaning of dreams ? Popular tradition claims that dreams are inherently intentional, that they have a tendency to come true, and this tendency increases the more often it is narrated.
Moreover, during a dream, and because of it, the dreamer is in a state of vulnerability of malicious intents, a state further aggravated by the narration of the dream. I wish to examine these statements, putting aside the preconceived ideas we might have about them, and look at whether the popular and psychoanalytical theories complement or oppose one another. This work is based upon clinical practice with migrant people. It states that dream building is a polysemantic process, and that its interpretation ought to be adapted to the patient’s own needs. It focuses on the fact that often dreams present themselves as a sequence, which shows the dreamer’s search for a solution to his destiny.

Keywords: dream, dream interpretation, ethnopsychanalysis, psychic elaboration, social representation.

La fabricación de los sueños, proceso individual y colectivo?

Cuando una persona equilibrada dice que ha tenido un sueño premonitorio, y que en su cultura este tipo de sueño es frecuente, nos podemos preguntar : qué significa esto en cuanto al proceso psíquico que produjo el sueño? El contexto colectivo tiene une influencia en el contenido y en el significado de los sueños? Para la tradición popular, hay una intencionalidad propia a los sueños, una tendencia a convertirse en realidad que se refuerza por la narración que se hace del sueño. Además, la persona se encuentra, mientras que sueña y por el hecho de soñar, en un estado de vulnerabilidad en relación con las malas intenciones del prójimo. También en este caso la narración agrava el problema. En este artículo se propone un análisis de estas aseveraciones, poniendo entre paréntesis las ideas a priori que se podrían tener a propósito de los sueños, para preguntarse si existe, entre las teorías populares y psicoanalíticas, una relación de oposición o de complementariedad. Este trabajo, basado en la clínica con migrantes, muestra que la construcción de los sueños es polisémica, y que la interpretación debe estar adaptada a las necesidades del paciente. El trabajo evidencia que los sueños forman frecuentemente una secuencia que traduce la búsqueda prospectiva de una solución del destino.

Palabras claves: elaboración psíquica, etnopsicoanálisis, interpretación de los sueños, representación social, sueño.

Le rêve est un des objets fondateurs de la psychanalyse, sans doute le principal. La conception freudienne en fait, d’une part, une élaboration inconsciente à partir de restes diurnes, de stimuli corporels, pour aboutir à l’expression d’un désir, et d’autre part, un travail de déformation qui rend ce désir illisible (Laplanche & Pontalis 1968 : 505).

Les rêveurs issus de cultures non occidentales font généralement état de conceptions différentes (qui étaient sans doute les nôtres avant Freud) : pour eux, le rêve est souvent un message, anticipant l’avenir. Il peut être dangereux de le raconter, car le récit confère un pouvoir à celui qui l’entend. Le rêve peut donc être prémonitoire, intentionnel, et le rêveur, menacé et vulnérable.

Ces conceptions sont-elles définitivement obsolètes ? Elles semblent pourtant adéquates aux rêves qu’ils racontent. Est-il possible de leur trouver du sens sans pour autant sacrifier la raison ? Sont-elles contradictoires, par rapport à Freud, ou simplement opposées ? Existerait-il deux façons de rêver, selon la culture à laquelle on appartient ?

Sans prétendre les épuiser, ce travail aborde ces différentes questions. Sa thèse est, disons-le tout de suite, qu’il n’y a qu’une façon de rêver, bien que le rêve inclut dans sa construction des éléments culturels qui lui imposent partiellement leur logique. Il existe par contre plusieurs façons de raconter les rêves, et plusieurs façons de les interpréter : leur pertinence dépendra du contexte où se trouve le rêveur.

Nous examinerons successivement : l’intentionnalité du rêve, la vulnérabilité du rêveur, la fabrication du rêve, l’interprétation du rêve.

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