Article de dossier

© Myriam Harleaux, Charleville Mezières 2009. Source

Éveil aux langues et aux cultures à l’école :

une démarche intégrée avec un triple objectif cognitif, affectif et social


Chantal DOMPMARTIN-NORMAND

Chantal Dompmartin-Normand est sociolinguiste dans le laboratoire Lidilem (Linguistique et didactique des langues étrangères et maternelles) à l’université Stendhal de Grenoble, BP 25 X, 38040 Grenoble Cedex 9. Sociolinguiste, impliquée dans la description de pratiques langagières dans différents contextes de vie (école, université, familles, lieux professionnels…) marqués de mobilités culturelles et sociales, elle travaille à l'optimisation des apprentissages linguistiques au moyen de dispositifs privilégiant le développement des sujets.

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Pour citer cet article :

Dompmartin-Normand C. Éveil aux langues et aux cultures à l’école : une démarche intégrée avec un triple objectif cognitif, affectif et social. L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2011, volume 12, n°2, p. 162-168


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/articles-dossier/eveil-aux-langues-et-aux-cultures-a-lecole/

Éveil aux langues et aux cultures à l’école : une démarche intégrée avec un triple objectif cognitif, affectif et social

Les démarches d’éveil aux langues consistent à proposer aux élèves, dans l’espace scolaire maternel et élémentaire, une approche de plusieurs langues et cultures avec un travail transversal sur ces langues et la langue de l’école qui n’est plus la langue première de tous. Ces démarches sont vues comme un appui aux apprentissages langagiers en général : à la fois propédeutique à l’apprentissage des langues dites étrangères prévues au curriculum, accompagnement de l’acquisition de la littératie dans la langue de l’école et moyen de relier ces différents apprentissages entre eux. Elles visent aussi la construction/reconstruction identitaire pour tous les membres du groupe-classe dans un collectif où la diversité des parcours individuels, très migratoires ou plus statiques, peut trouver un espace d’expression fondateur, par le détour d’un travail narratif sur les langues de soi, du monde, de l’autre…

Mots clés : apprentissage scolaire, école, enfant de migrant, identité, linguistique, socialisation.

Language awareness in school: an integrated approach with cognitive, affective and social aims

Language awareness approaches consist in offering to young pupils in schools ways and tools for encountering and dealing with a variety of cultures and languages. A transversal work is to be done on these languages and the school language, that mainly conveys the non-linguistic matters and subjects, yet no longer the “mother” tongue of all. These approaches are designed to be prior-enhancing for foreign language learning, backing and support for literacy in the school language and mean of linking all these learning matters and processes. They also aim construction and reconstruction of identities of all the pupils in the group, where diversity of life and linguistic routes of individuals can be wide. They can organize a founding space in the classroom for expression, through roundabout narrative activities with the languages of one, of the world, of the Other…

Keywords: identity, Immigrants’ off-spring, learning (in school), linguistics, school, socialisation.

Despertar a las lenguas y las culturas en la escuela: un enfoque integrado con un objetivo triple: cognitivo, afectivo y social

Los actividades de despertar a las lenguas consisten en proponerles a los alumnos, en la escuela infantil et primaria, un acercamiento de varias lenguas y culturas a través de un trabajo transversal sobre estos idiomas y la lengua vehicular de escolarización que no siempre es la primera lengua de todos los alumnos. Estos pasos constituyen un apoyo a los aprendizajes lingüísticos en general : a la vez propedéutico al aprendizaje de las lenguas extranjeras previstas en el currículo, el acompañamiento de la adquisición de habilidades en la lengua de la escuela y el medio de unir estos diferentes aprendizajes entre ellos. Asimismo este enfoque contribuye en la construcción / reconstrucción identitaria para todos los miembros del grupo-clase en un colectivo donde la diversidad de las trayectorias individuales, migratorios o estáticos, puede encontrar un espacio fundador de expresión, a través de un trabajo narrativo sobre sus propias lenguas, las del mundo, las del Otro…

Palabras claves: aprendizaje escolar, escola, Hijos de inmigrantes, identidad, lingüística, socialización.

Les démarches d’éveil aux langues (dorénavant EVL) consistent à proposer aux élèves dans l’espace scolaire une approche de plusieurs langues (et par ce biais de plusieurs cultures) avec un travail transversal sur ces langues et la langue de l’école. Ces approches sont l’objet d’expérimentations et d’analyses depuis quelques décennies par les chercheurs en didactique des langues et sociolinguistique. Nous baliserons rapidement sur le plan épistémologique et terminologique le champ de réflexion qui les accueille et les porte, avant de revenir sur les objectifs de ces démarches plurilingues à l’école et d’effleurer les liens et correspondances entrevus avec le champ clinique de l’ethnopsychiatrie.

Les traces du changement de paradigme amorcé

Alors qu’ils sont largement usités dans la société, les qualifiants « maternelle » ou « étrangère » pour les langues sont remis en question chez les sociolinguistes et didacticiens. En effet, ces catégorisations traditionnelles des langues semblent caduques en raison de la complexité des configurations sociales et linguistiques actuelles, dont certaines ne sont d’ailleurs pas nouvelles. Langue maternelle par exemple cesse d’être un label pertinent si on considère que la première langue de socialisation familiale peut être celle du père dans le cas de couples mixtes ou encore la langue véhiculaire du pays, parfois ni première du père ni première de la mère, ou la langue dominante du pays d’adoption en cas de migration : on préfère donc parler de langue(s) première(s) de socialisation. De même, on utilise le vocable langue de l’école pour éviter d’induire que celle-ci est la même que celle(s) utilisée(s) à la maison, ce qui est vrai quelquefois, mais faux souvent à l’échelle du monde, géographiquement et historiquement, et peut-être de plus en plus faux compte tenu de l’intensification des mouvements migratoires dans notre monde contemporain. D’autres éléments du paradigme des langues ont bougé au cours des dernières décennies, qui permettent de penser différemment, dans ce courant de recherche, le rapport aux langues dans le champ social et scolaire en particulier. La description du plurilinguisme et l’appréhension des répertoires pluriels des individus dans leur dynamisme et leur mouvance prendrait le pas sur le désir de mesure d’un bi (pluri) linguisme. La mise en relation des ressources plurielles, partielles et composites du répertoire des sujets supplanterait la mesure des compétences et a fortiori des performances. Les compétences seraient en tout cas vues comme nécessairement partielles et inachevées, y compris pour les langues premières. La compétence de réception (de compréhension) d’une langue par voie de conséquence pourrait être valorisée indépendamment des autres et sortie de l’ombre où elle est souvent reléguée. On ne s’autorise en effet pas à dire que l’on « parle une langue » seulement si on la comprend et on s’excuse même la plupart du temps de cette incomplétude, vécue et exprimée en creux, comme un déficit alors que son utilité devrait être perçue. Avec ce changement de paradigme, tombent naturellement d’autres notions ou étiquettes de concepts. Le bilinguisme harmonieux cesse d’être un objectif per se, de même que la maîtrise de la langue et surtout la maîtrise parfaite. Ces termes semblent non-opératoires, dans l’optique que nous choisissons. Invalidants plutôt qu’émancipants dans des choix éducatifs qui veulent considérer le sujet apprenant comme un acteur de sa propre vie et éviter que le langage réduise le champ des possibles.

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