Article de dossier

© Jacques Lombard - Sculpture funéraire Sakalava Source D.G.

Du contre-jour à la transparence

La représentation du monde des morts à Madagascar


Dossier : Morts ou vifs

Jacques LOMBARD

Jacques Lombard est anthropologue et cinéaste à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), 44 Boulevard de Dunkerque, 13572 Marseille Cedex 02.

Bloch M. La mort et la conception de la personne, Terrain 1993 ; (20) : 7-20

Faublée J. Les esprits de la vie à Madagascar, Paris, PUF, 1954

Fiéloux M, Lombard J. « L’histoire d’une femme ou la maladie du bilo » Film ; 1987, Vimeo.com/ 6279442

Fiéloux M, Lombard J. « Du premier frisson à la libre parole ». L’autre, Cliniques, Cultures et Sociétés 2000 1 (3) : 455-473

Fiéloux M, Lombard, J.  2006 « Le maître du jeu. L’amour merveilleux et l’amour quotidien » L’autre, Cliniques, Culture et Sociétés, 2006 7(2) : 253-266

Fiéloux M, Lombard J. Le riche beugle (Madagascar). Journal des Africanistes, 2008a; 78 (1-2)

Fiéloux M, Lombard J.  « Regards en gamme. Chronique familiale ordinaire avec Personnage. Madagascar, Juillet-septembre 1991 ». Ethnographies. org n°16, 2008b

Fiéloux M, Lombard J. « J’ai mal aux os ». Rituels, imaginaire partagé et changement social. L’autre, Cliniques, Cultures et Sociétés, 2012 ; 13 (1) : 41-50

Goedefroit S, Lombard J.  Andolo. L’art funéraire sakalava à Madagascar. Paris : Biro ; 2007

Lombard J. Le royaume Sakalava du Menabe. Essai d’analyse d’un système politique à Madagascar, 17è-20è. Paris : ORSTOM, Travaux et Documents n° 214 ; 1988

Lombard J. « Le tromba ou la possession à Madagascar. Théorie politique et conviction religieuse » in L’étranger intime. Mélanges offerts à Paul Ottino. Paris : L’Harmattan, 1995, 329-345

Ottino P. Les champs de l’ancestralité à Madagascar. Parenté, alliance et patrimoine. Paris : Karthala-Orstom ; 1998

Pour citer cet article :

Lombard J. Du contre-jour à la transparence. La représentation du monde des morts à Madagascar. L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2018, volume 19, n°3, pp. 307-314


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/articles-dossier/du-contre-jour-a-la-transparence/

Du contre-jour à la transparence. La représentation du monde des morts à Madagascar

Les relations permanentes des vivants avec les morts observées ici à travers l’exemple des Sakalava du Menabe à Madagascar nous permettent de réfléchir à la coagulation des éléments essentiels qui constituent le foyer d’un imaginaire partagé. Imaginaire partagé entre tous ses membres qui favorise tout à la fois, la réflexion sur elle-même, la reproduction et la projection dans le futur de chaque société.

On formule l’hypothèse que ces éléments sont acquis dès les premiers temps de l’apprentissage de chaque être à travers une profusion d’images répercutées en écho tout au long de la vie qui favorise de cette façon les mécanismes les plus subtils de l’adhésion aux principes essentiels de l’organisation sociale.

On découvrira ainsi que la mémoire sociale orientée de cette manière établit un lien absolu dans chaque lignage entre l’origine du monde et toutes les promesses du futur garanti par l’espoir d’une descendance. Cette situation est vécue dans le quotidien autour de l’idée de l’éternité et fonde alors les convictions les plus profondes.

Mots clés : éternité, image, imaginaire partagé, lignage, Madagascar, mémoire, relation avec les morts, Sakalava.

From backlight to transparency. Deads’ world representations in Madagascar

The observation of the Sakalas from Menabe, in Madagaskar, illustrates the permanent relationships between the living and the dead. Through their exemple we can think the coagulation of essential elements that build a shared imaginary shelter. In each society, this imaginary, shared among all its members, allows all together: self reflexion, reproduction and projection towards the future. Our hypothesis is that these elements are acquired at the earliest stages of the being’s learning through a profusion of pictures echoed throughout life that promotes the most subtle mechanisms of adherence of social organization’s essential principles.

We will thus discover that the social memory oriented in this way, establishes an absolute link in each lineage between the origin of the world and all the promises of the future guaranteed by the hope of a descendance. This situation is lived in everyday life around the idea of eternity and therefore founds the deepest convictions.

Keywords: eternity, image, lineage, Madagascar, memory, relationships with the dead, Sakalava, shared imaginary.

De contra la luz a la transparencia. La representación del mundo de los muertos en Madagascar

Las permanentes relaciones de los vivos con los muertos observadas en el caso de los Sakalava del Menabe en Madagascar nos permiten reflexionar sobre la coagulación de los elementos esenciales que constituyen el núcleo de un imaginario compartido. Este imaginario compartido por todos los miembros favorece al mismo tiempo la reflexión sobre sí mismo, la reproducción y la proyección en el futuro de toda sociedad.

Formulamos la hipótesis que estos elementos son adquiridos desde los primeros tiempos del aprendizaje de cada ser a través de una profusión de imágenes repercutidas en eco durante toda la vida, que favorece de esta manera los mecanismos mas sutiles de adhesión a los principios esenciales de la organización social.

Se descubre entonces que la memoria social orientada de esta manera establece un lazo absoluto en cada linaje entre el origen del mundo y todas las promesas de futuro garantizadas por la esperanza de una descendencia. Esta situación es vivida en lo cotidiano en torno a la idea de eternidad y funda las convicciones más profundas.

Palabras claves: eternidad, imagen, imaginario compartido, linaje, Madagascar, memoria, relación con los muertos, Sakalava.

On part ici de l’idée que chaque être humain est d’abord fabriqué dans le cumul d’une infinité d’estampilles, telles des images jamais pleinement résolues qui traduisent et enregistrent, au plus fin, son émergence à la vie et dans le mouvement, dès son départ, de son adaptation primordiale à tous les éléments de son écologie particulière, humaine, biologique et physique, ici ou là…

Ces images ne sauraient exister comme telles, elles sont le possible et l’énergie de la vie dans son déploiement irrépressible et totalement complexe, elles ne sont jamais matérielles ni définitivement réalisées sauf qu’elles assurent, pour chaque être, le lien matériel, réel, fondamental, irréfragable entre le modelage ininterrompu du cerveau, l’apprentissage des sens dans le bain amniotique de l’expérience culturelle, la mémoire en émersion, l’imaginaire, l’inconscient, le langage et la vie sociale.

Ces images naissent, se réalisent, dans le regard que tout un chacun, de toutes les manières possibles, porte sur les êtres et les mondes et sont, avant tout, la possibilité d’un échange, d’une communication, d’un rejet, avec ce qui est extérieur et différent et sont ainsi la condition nécessaire de la survie. Mais aussi, ces images naissent, se réalisent dans toute création humaine, dans l’exaltation de leur évidence, dans la coalescence des imaginaires, dans la profusion des esthétiques…

La confrontation avec la mort réveille alors, dans une chaine d’associations continues, infatigables, vertigineuses, toutes les images nées, produites à travers l’apprentissage de la vie et impose, en quelque sorte, pour ceux qui demeurent une coïncidence, un partage entre toutes ces répliques, dans le jeu d’un rituel qui décide de la part du mort, de sa place. Rituel qui peut décider aussi bien de sa disparition absolue que de son installation sereine dans la vie de chaque jour, offrant de cette manière une garantie pour l’avenir, dans la continuité d’un nous, conforté et vérifié à cette occasion.

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