Fosterage et résilience

Trajectoires psychologiques des jeunes adoptés selon des pratiques "traditionnelles" en milieu bambara (Mali)

Paola PORCELLI

Paola Porcelli est psychologue clinicienne, docteur en psychologie, elle exerce à Paris.

Pour citer cet article :

https://revuelautre.com/colloque/intervention-colloque/fosterage-et-resilience/

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Au sein de nombreuses sociétés « traditionnelles », les enfants quittent leurs parents biologiques dès leur plus jeune âge pour être élevés dans d’autres cellules familiales suivant les logiques de la solidarité, de la parenté, de la nécessité ou de l’éducation. Ces déplacements, désignés sous l’étiquette de « fosterage », renvoient à une multitude de pratiques qui présentent, selon les lieux, les circonstances, les contextes culturels et les individus, de nombreux points de variation. Leur définition s’avère ainsi compliquée, en donnant lieu à des débats théoriques majeurs concernant aussi bien les aspects structuraux que la sémantique de ces coutumes.

Face à une telle hétérogénéité de manifestations, cette communication se propose de déconstruire les représentations et les normes entourant ces formes d’adoption traditionnelles afin de jeter une lumière sur les effets psychologiques qu’elles entraînent. Le point de vue adopté vise à aller au-delà d’une logique ethnocentrée basée sur une lecture psychopathologisante des situations d’éloignement parental et focalisée sur les conséquences traumatisantes de la séparation. De même, l’enquête menée se différencie du regard des premiers anthropologues africanistes, qui considéraient le fosterage comme l’expression d’un idéal communautaire destiné à ne pas provoquer des difficultés psychologiques majeures sur ces protagonistes.

En s’opposant au réductionnisme de ces approches, l’une mettant l’accent sur le trauma, l’autre sur la banalisation de l’expérience du fosterage, cette présentation aspire à analyser les impacts psychologiques de ces coutumes en proposant un point de vue centré sur la résilience, qui semble à la fois proche des discours culturels dominants et de l’expérience des protagonistes. Ce concept, très populaire en psychologie mais également controversé en raison des difficultés liées à sa définition et à son évaluation, est ici abordé selon un modèle socio-constructionniste.
Les résultats ici présentés sont issus d’un travail de thèse au cours duquel nous avons examiné, à l’aide d’une étude qualitative basée sur le Test du Dessin de la Famille, les rapports entre itinéraires de fosterage et trajectoires de résilience d’un groupe de jeunes issus de la commune rurale de Sanankoroba, un aire culturel à dominance ethnique bambara situé au Sud-Ouest du Mali. Les parcours décrits permettent de constater que les stratégies mises en œuvre par les jeunes constituent une synthèse personnalisée des valeurs encouragées par le milieu d’appartenance plutôt que l’expression d’une simple adhésion aux normes culturelles dominantes.


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