Article original

Secret et traumatisme

L'expérience des enfants juifs cachés en Belgique


Adeline FOHN

Adeline Fohn est licenciée en psychologie, doctorante à l’Université catholique de Louvain (UCL), Unité de psychologie clinique : anthropologie, psychopathologie et psychothérapie, Faculté de Psychologie (Unité CAPP), Place Cardinal Mercier 10, 1348 Louvain-la-Neuve, Belgique.

Pour citer cet article :

Fohn A. Secret et traumatisme. L’expérience des enfants juifs cachés en Belgique. L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2010, volume 11, n° 2, pp. 189-198


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/articles-originaux/secret-et-traumatisme/

Secret et traumatisme : l’expérience des enfants juifs cachés en Belgique

Cet article a pour but d’appréhender l’impact psychique de la mise au secret à un âge précoce, chez des sujets victimes de traumatismes multiples. Pour ce faire, 45 témoignages d’anciens enfants juifs cachés en Belgique ont été récoltés. En effet, le secret et le silence revêtent une place importante dans leur histoire. Nous constatons que, chez les enfants juifs cachés, le secret comme fait relationnel induit peu à peu un fonctionnement psychique propre au secret, distinction théorisée par Serge Tisseron. Nous mettons en évidence la manière dont le secret et la stigmatisation ont mis à mal le sentiment d’appartenance et ont favorisé le développement de sentiments tels que la culpabilité et la honte. Enfin, l’analyse des récits montre que le secret autour de la disparition des proches a pu entraver le processus de deuil.

Mots clés : Enfants juifs cachés, traumatisme, secret, honte, culpabilité, sentiment d’appartenance, deuil, témoignage.

Secret and Trauma: The Experience of hidden jewish children in Belgium 

The aim of the research is to lead to a better understanding of the psychic impact in later life of keeping a secret at an early stage of life for survival. Forty-five testimonies of hidden Jewish children in Belgium have been collected. In fact, secret and silence took an important place in their lives. Separated from their parents at a young age, they had to keep silent about their identity, their name and their family in order to survive. We notice that the secret as the relational fact leads to a characteristic functioning in the psyche of hidden Jewish children, distinction theorized by Serge Tisseron. We bring to light how the secret and the stigmatization fragmented the feeling of belonging and encouraged the development of feelings such as guilt and the shame. Finally, the analysis of narratives shows that the secret around the death of family members was able to hinder the mourning process.

Key words: Child survivor, trauma, secret, guilt, shame, feeling of belonging, mourning, testimonies.

Secreto y traumatismo: la experiencia de los niños judíos escondidos en Bélgica

En la historia de los niños judíos escondidos, el secreto y el silencio ocupan un lugar importante. Separados muy pronto de sus padres, estos niños debieron guardar silencio sobre sus orígenes, su nombre y la historia familiar para sobrevivir. Esta situación tiene una repercusión sobre la construcción psíquica. Recogimos 45 testimonios de niños judíos escondidos en Bélgica. Cada historia contiene dos a tres entrevistas. Constatamos que, para los niños judíos escondidos, el secreto en tanto que hecho relacional induce poco a poco un funcionamiento psíquico que es propio al secreto, distinción teorizada por Serge Tisseron. Destacamos la manera como el secreto y la estigma deterioraron el sentimiento de pertenencia y desarrollaron sentimientos tales como la culpabilidad y la vergüenza. Finalmente, el análisis de los relatos muestra que el secreto en torno a la desaparición de los parientes pudo coartar el proceso de duelo.

Palabras claves: Niños judíos escondidos, traumatismo, secreto, culpabilidad, vergüenza, sentimiento de pertenencia, duelo, testimonio.

Dans l’histoire des enfants juifs cachés, le secret revêt une place importante. Séparés très tôt de leurs parents, ils ont été tenus au secret afin d’échapper aux persécutions nazies.

Nous nous demandons quelles pourraient être les conséquences d’une mise au secret et du maintien du silence à un âge précoce du développement. Pour répondre à cette question, nous distinguons le secret comme fait relationnel et le secret comme fait psychique, tel qu’il est présent dans la théorie de Serge Tisseron. Dans ce cadre, nous verrons comment le secret auquel l’enfant juif caché est soumis s’est peu à peu s’infiltré dans la vie du sujet et a engendré un mode de fonctionnement psychique particulier. Nous aborderons les conséquences psychiques résultant du secret en termes de clivage, de culpabilité et de honte.


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