Article de dossier

« Manger dans la nuit »

Exprimer la souffrance par le rêve à Douala


Dossier : 

Marie-Christine LAMMERS

Marie-Christine Lammers est Anthropologue. C/o Fam. Lammers, Polygoonstraat 29 - 2600 Berchem, Belgique.

Pour citer cet article :

Lammers M-C. « Manger dans la nuit ». Exprimer la souffrance par le rêve à Douala. L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2004, volume 5, n°1, pp. 79-99


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/articles-dossier/manger-dans-la-nuit/

« Manger dans la nuit ». Exprimer la souffrance par le rêve à Douala

Le présent article veut illustrer la place toujours actuelle qu’occupe le rêve dans le discours lié à la maladie et la guérison des habitants de Douala. La présentation se fait à deux niveaux : au niveau intime de la souffrance personnelle, sont présentées des bribes de conversation captées dans l’arrière-cour et la salle d’attente d’un guérisseur traditionnel. C’est un passage inductif permettant de reconstruire le contexte dans lequel se situe la souffrance des patients. Toutes ces personnes ayant des histoires à raconter, des rêves et des cauchemars desquels elles veulent se libérer, elles ne se retrouveraient pas dans cet endroit si une vision du monde similaire ne les unissait pas. Ensuite, de façon plus générale et théorique, l’exercice présenté consiste à insérer les images perturbatrices des rêves des patients ainsi que le pouvoir attribué à la voyance du devin dans la cosmologie doualaise. Elle intègre une vision du monde qui présuppose une double réalité, visible et invisible, ainsi qu’un concept de la personne comme sujet, mais surtout objet de forces invisibles auxquelles il est parfois difficile voire impossible d’échapper. L’urbanisation, le progrès technologique et l’introduction du style de vie « moderne » ou « à l’occidentale » n’ont pas eu comme effet l’effacement des croyances ancestrales ni l’éradication de rites traditionnels de guérison et de protection. Ils n’ont fait qu’enrichir l’imaginaire social pré-existant sans altérer en profondeur les motivations, angoisses et désirs latents des acteurs sociaux. Le rêve sert aux patients à entrevoir les remous inconscients et offre une clé diagnostique aux guérisseurs pour entreprendre un combat contre la souffrance.

Mots-Clés : Douala, guérison, maladie, malchance, rêve, sorcellerie, imaginaire social, Cameroun.

«Eating in the night». Dreams as expression of suffering in Douala

The following article aims at illustrating the actuality of the place held by dreams in the discourses linked to illness and healing by the inhabitants of Douala. The presentation follows two tracks: First I analyse short conversations, as observed in the backyard and waiting room of a traditional healer. This inductive passage allows to reconstruct the context of suffering of the patients. These persons have stories to tell, dreams and nightmares they would like to get freed of and they would not gather in this specific space if a similar world vision did not unite them. Secondly, the exercise consists of inserting the troubling but intimate dream images of the patients and the power attributed to the clairvoyance of the diviner in the specific cosmology of Douala. It matches a world vision that presupposes the existence of a double reality, visible and invisible, as well as a concept of the person as subject, but mainly object of invisible forces whose tentacles are difficult to escape from. Urbanisation, technological progress and the introduction of a so-called «modern» life style have not led to an eradication of ancestral beliefs and traditional healing – and protection rituals but they enriched even more the pre-existing social imagina- ry without changing in depth the motivations, fears and latent desires of the social actors. The dream opens a door to the unconscious and represents a diagnostic key of interpretation for the healers in their combat against suffering.

Key words: Douala, dream, healing, illness, misfortune, sorcery, social imaginary, Cameroon.

«Comer en la noche»: expresar el sufrimiento por los sueños en Duala

El presente artículo quiere ilustrar el lugar siempre actual que ocupan los sueños en el discurso ligado a la enfermedad y a la curación de los habitantes de Duala. La presentación se hace a dos niveles: en el nivel íntimo del sufrimiento personal se presenta extractos de conversaciones oídas en el patio o en la sala de espera de un curandero tradicional. Es un pasage inductivo que permite de reconstruir el contexto en el que se sitúa el sufrimiento de los pacientes. Todas esas personas tienen cosas que contar, sueños o pesadillas de los que desean liberarse, y no se reunirían en ese lugar si no los uniese una visión similar del mundo. Luego, de manera más general y teórica, el ejercicio presentado consiste en insertar las imagines perturbadoras de los sueños de los pacientes así como el poder atribuido a la videncia del adivino en la cosmología dualesa. Esta última integra una visión del mundo que presupone una ralidad doble; visible e invisible, así como un concepto de la persona como sujeto pero sobre todo como objeto de fuerzas invisibles a las cuales es a menudo difícil, ver imposible de escapar. La urbanización, el progreso tecnológico y la introducción del estilo de vida «moderno» o «a la occidental» no han tenido como efecto la desaparición de las creencias ancestrales ni la erradicación de los ritos tradicionales de curación y de protección. No han hecho más que enriquecer el imaginario social pré-existente sin alterar profundamente las motivaciones, las angustias y los deseos latentes de los actores sociales. Los sueños sirven a los pacientes para apercivir los meandros inconcientes y ofrecen una llave de diagnóstico a los curanderos para emprender un combate contra el sufrimiento.

Palabras claves: Duala, curación, enfermedad, mala suerte, sueños, brujería, imaginario social, Camerún.

Il y a à peu près trente ans, un missionnaire jésuite français, fasciné par les logiques de guérison traditionnelle et surpris par la résistance des croyances de ses hôtes, se fait guider dans un univers particulier, celui des nganga, guérisseurs traditionnels de Douala, que l’on nomme également « maîtres de la nuit ». Dans Les yeux de ma chèvre (1981), Éric de Rosny nous a invités à suivre son itinéraire initiatique périlleux et d’une façon humble et profondément humaine, il met partiellement à découvert le cœur de la culture des douala.


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