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Les mains sales : racisme et responsabilité morale en clinique

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Cécile ROUSSEAU

Cécile Rousseau est professeur de psychiatrie à la division de psychiatrie sociale et culturelle de l’université McGill, directrice scientifique du centre de recherche et de formation, CSSS de la Montagne.

Lucie NADEAU

CSSS de la Montagne, Équipe de Recherche et d'intervention transculturelles, Montréal, Québec.

Toby MEASHAM

CSSS de la Montagne, Équipe de Recherche et d'intervention transculturelles, Montréal, Québec.

Pour citer cet article :

Rousseau C, Nadeau L, Measham T. Les mains sales : racisme et responsabilité morale en clinique. L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2008, volume 9, n° 3, pp. 349-359


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/articles-dossier/les-mains-sales-racisme-et-responsabilite-morale-en-clinique/

Les mains sales : racisme et responsabilité morale en clinique

Le plus souvent nié à partir d’un a priori de neutralité et d’un discours marqué par le politiquement correct, le racisme s’infiltre de différentes façons dans la rencontre clinique, confrontant le clinicien aux dimensions politique et morale de sa responsabilité face à la discrimination dans son institution et dans sa société. Nommer le racisme, l’assumer collectivement, le dénoncer, naviguer en eaux troubles, s’enliser dans l’ambiguïté, chacune de ces positions à un coût et aucune ne peut prétendre à la pureté. Chaque situation clinique demande de repenser le compromis et d’accepter la responsabilité morale que comporte la complicité inévitable avec certaines formes de racisme institutionnel. Le malaise qui en résulte peut devenir une force de transformation des institutions en questionnant de l’intérieur les présupposés collectifs au sujet de leur bienveillance et de leur équité.

Mots-clés : Racisme, clinique, complicité, responsabilité morale, discrimination.

Dirty Hands: racism and Moral Responsibility in Clinical Practice

Most often denied because of the assumption of clinical neutrality and because of political correctness, racism manifests itself in different ways in the clinical encounter, confronting the clinician with his or her political and moral responsibility with regard to institutional and societal racism. Addressing racism, assuming it collectively, denouncing it, navigating in troubled waters, each of these positions has a moral cost and neither can claim purity. Every clinical situation is singular and requests a reflection around the trade off and the moral responsibility involved in the inevitable complicity with certain forms of institutional racism. The uneasiness that stems from such a process can become a destabilizing strength which may facilitate the transformation of institutions from within and which may question the host society collective assumptions about its benevolence and equity.

Keywords: Racism, clinic, complicity, moral responsibility, discrimination.

Manos sucias: racismo y responsabilidad moral en la clínica

Normalmente negado a partir de un principio de neutralidad y de un discurso marcado por lo políticamente correcto, el racismo se infiltra en el encuentro clínico. Esto confronta al clínico con la dimensión política y social de su responsabilidad ante la discriminación en su institución y en su sociedad. Nombrar el racismo, asumirlo colectivamente, denunciarlo, navegar en aguas turbulentas, enredarse en la ambigüedad, son posiciones que tienen un precio y que no pueden pretender, ninguna de ellas, llegar a ser exacta. Cada situación clínica pide pensar sobre el compromiso establecido y aceptar la responsabilidad moral que conlleva una complicidad inevitable con ciertas formas de racismo institucional. El malestar que se originaría podría transformarse en una fuerza para el cambio institucional, al cuestionar los presupuestos colectivos, con la finalidad de su mejora y de la de su propio equipo.

Palabras claves: Racismo, clínica, complicidad, responsabilidad moral, discriminación.

Le thème du racisme éveille souvent un malaise, un désir de distanciation qui peut se traduire par de l’évitement et du déni ou par une dénonciation qui vise, entre autres, à établir l’innocence de celui qui parle. Dans le champ clinique, l’héritage des représentations classiques autour de la relation thérapeute/patient protège partiellement le clinicien en lui proposant une neutralité souhaitable, et donc implicitement possible, et en établissant un cadre éthique autour d’une rencontre singulière qui le dégage de la responsabilité face aux agirs de son institution et de sa société.


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