Article de dossier

Destins de Gradiva

Du voyage de « l’autre » comme fantôme anthropologique


Benoît QUIROT

Benoît Quirot est psychiatre, anthropologue.

Pour citer cet article :

Quirot B. Destins de Gradiva : du voyage de « l’autre » comme fantôme anthropologique. L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2005, volume 6, n°2, pp. 257-287


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/articles-dossier/destins-de-gradiva/

Destins de Gradiva : du voyage de l’Autre comme fantôme anthropologique

Reprenant le parcours du roman Gradiva dans le courant du siècle dernier comme une sorte de fil rouge, le présent article met en évidence le traitement singulier du voyage, en tant qu’objet de réflexion et d’étude, de la psychanalyse à l’ethnographie. Dans la reprise des liens ayant uni l’oblique d’un pied à celui d’une lettre, et un archéologue fictif à des hommes de science réels, il se propose tout d’abord de montrer comment, présent mais se dérobant sans cesse, et semblable en cela à la démarche de Gradiva elle-même, le voyage aura en effet hanté les débuts de ces deux disciplines. Aboutissant, au terme de l’enquête, à l’hypothèse d’une sorte de refoulement originaire du voyage de la part de fondateurs héroïques ayant eu avec lui, vraiment, maille à partir – Freud- Œdipe/Jason-Malinowski -il s’efforce alors de décrypter les signes d’un récent « retour de ce refoulé » dans divers écrits. Et montre, pour conclure, l’intérêt aujourd’hui d’une prise en compte du voyage de l’Autre comme objet anthropologique.

Mots-clés : Voyage, psychanalyse, ethnographie, Freud, Malinowski, Leiris.

Destinies of Gradiva: about the Other’s travel as an antropological ghost

Returning to the novel Gradiva as a reccurent theme during the last century, the author examines the singular treatment of the traveller’s experience, as an object of reflexion and study, from psychoanalysis to ethnography. Exploring the relationship of an oblique foot with a slanted letter, and that of a fictitious archeologist with real scientists, he proposes to show how, present but always escaping like Gradiva’s walk itself, the traveller’s experience would have haunted the beginning of both disciplines. At the end of his investiga-tion, he arrives at the the hypothesis of a kind of originary repression of the journey by the heroic founders (Freud- Œdipe/Jason-Malinowski). He highlights then the signs of a recent «return of this repressed» in various texts and, in conclusion, shows the current interest in the consideration of the Other’s journey as an anthropological object.

Key words: Travel, psychoanalysis, etnography, Freud, Malinowski, Leiris.

Destinos de Gradiva: a propósito del viaje del Otro como fantasma antropológico

Retomando el recorrido de la novela Gradiva durante el último siglo como una suerte de hilo rojo, el presente artículo pone en evidencia el tratamento singular del viaje, como objeto de reflexión y de estudio, del psicoanálisis a la etnografía. Volviendo a los vinculos entre la oblicua de un pié con la de una letra y de un arqueólogo ficticio con hombres de ciencia reales, se propone primero enseñar como, presente pero desapareciendo sin cesar de la misma manera que el paso de Gradiva misma, el viaje habrá acosado los principios de las dos disciplinas. Llegando, al final de su investigación, a la hipótesis de una suerte de represión originaria del viaje de parte de los fundadores heróicos que tuvieron que ver con el – Freud-Edipo/Jasón-Malinowski – trata de entender los signos de un recién «retorno de lo reprimido» en varios escritos. Concluye enseñando el interés hoy de tomar en cuenta el viaje del Otro como objeto antropológico.

Palabras claves: Viaje, psicoanálisis, etnografía, Freud, Malinowski, Leiris.

D’un parcours en forme d’énigme

Il est parfois, rarement, de petits livres modestes mais au destin heureux, dont le trajet ricochet nous raconte une histoire. Ainsi de Gradiva, court roman né au début du XXe siècle de l’impulsion soudaine d’un écrivain allemand, croisant les préoccupations de Freud auquel il inspira un livre, avant que son héroïne n’enjambe quelques surréalistes et, passée une longue phase silencieuse, ne donne enfin son nom, coupé en son milieu par un h penché car mis en italiques, à une revue française d’anthropologie…


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