Les entretiens

© Michèle Fiéloux. Folegandros 2013. D.G.

L’autre est ma part d’invisible

Entretien avec Jacques LOMBARD

et


Lola MARTIN-MORO

Lola Martin-Moro est étudiante en Droit, Université Paris 2, Panthéon-Assas.

Marie Rose MORO

Marie Rose Moro est pédopsychiatre, professeure de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, cheffe de service de la Maison de Solenn – Maison des Adolescents, CESP, Inserm U1178, Université de Paris, APHP, Hôpital Cochin, directrice scientifique de la revue L’autre.

Titres récents

« Du premier frisson à la libre parole Itinéraires de possession à Madagascar » avec Michèle Fiéloux, L’autre, 2000, Vol. 1, n° 3 : 455-73.

L’art funéraire sakalava à Madagascar avec Sophie Goedefroit, Paris, Adam Biro-IRD, 2007

« Droit à la parole et résistance des peuples face à la globalisation », Études rurales, 178 | 2006, 23-38.

« Dire la tradition ou la tentation de l’universel », L’autre 2009, vol 10, n°1 : 46-52.

« J’ai mal aux os » Rituel, imaginaire partagé et changement social avec Michèle Fiéloux, L’autre 2012, vol 13, n°1 : 41-50.

Eros noir, texte de Jacques Lombard pour les gravures de Sophie Sainrapt. 2014 Editions Pasnic

Films récents

Le Prince charmant, vidéo Beta SP, couleurs, 44’. Réalisateurs : Michèle Fiéloux, Jacques Lombard. 1991 IRD/CNRS

Le voyage de Sib, vidéo couleurs, 60’. Réalisateurs : Michèle Fiéloux, Jacques Lombard. 2011 IRD/CNRS

La vie au grand air, vidéo, couleurs, 40’. Réalisateur Jacques Lombard, 2012, Les films du Cabraton

Pour citer cet article :

Moro M.R, Martin-Moro L, L’autre est ma part d’invisible, Entretien avec Jacques Lombard. L’autre, cliniques, cultures et sociétés, 2014, volume 15, n°3, pp.369-382


Lien vers cet article : https://revuelautre.com/entretiens/lautre-est-ma-part-dinvisible/

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Lautre : Merci de nous accorder cette interview. Dans ces pages de la revue, l’idée est d’essayer d’articuler les travaux et les découvertes des chercheurs dans le champ transculturel avec leur histoire personnelle et intellectuelle. Je commencerai ainsi par ton enfance qui est marquée par la migration de la Provence à Paris.

Jacques Lombard (JL) : Mon père venait du sud, d’un village de Haute Provence. Il appartenait à une famille d’éleveurs de chèvres et de moutons. Il a grandi là jusqu’à son service militaire qu’il a fait au Maroc comme Zouave. Je me souviens qu’il était doublement indigné par ce qu’il avait vu là-bas. Indigné par le traitement réservé aux Marocains juste après la guerre du Riff en 1926. Pour lui, ils étaient traités avec beaucoup de mépris. Il a également subi ce mépris. On l’a fait voyager avec des moutons à fond de cale dans le bateau qui le menait au Maroc, lui qui était éleveur ! Troupe et moutons étaient mélangés, indistinctement. Peu de temps après, il a quitté la ferme. Il faut savoir qu’en Haute Provence à cette époque, l’autorité du père est très grande. Il travaillait beaucoup et devait ramener tout ce qu’il gagnait pour que toute la famille, nombreuse, puisse vivre. Il recevait juste un peu d’argent pour aller au bal le samedi. Ils étaient quatre frères et n’avaient qu’un seul vélo pour tous. Il a voulu tenter sa chance ailleurs, devenant ainsi un migrant, grâce au réseau de solidarité constitué par les nombreux cousins déjà installés dans la capitale. Pour commencer, il s’est retrouvé garde républicain mais il ne montait pas à cheval… Il était autodidacte et s’exprimait très bien. Je garde de lui l’image d’un homme très digne, plutôt autoritaire, plein d’humour et détestant toute forme de vulgarité. Je n’ai jamais su comment il avait rencontré ma mère.

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